Prime « déménagement Richelieu » : histoire et leçons d’une lutte victorieuse

 

diane-arbus-enfant-avec-une-grenade-en-plastique-dans-central-park-new-york-1962_article_popin1 – Un succès pour les agents de Richelieu et Louvois malgré l’inflexibilité de l’administration sur les 700 €

Le communiqué de l’intersyndicale BnF : CFDT-CGT-FSU-SUD CULTURE  publié sur le forum le 19 décembre qualifie à juste titre de « lutte victorieuse »  le mouvement engagé par les agents des sites Richelieu et Louvois pour l’obtention d’une prime exceptionnelle, récompensant l’ensemble des efforts déployés dans le cadre de lourdes et pénibles opérations de transfert et de déménagement.  Certes,  la revendication principale : « 700 € pour tous ! »  n’a pas été satisfaite, mais les avancées obtenues à l’issue de la journée de grève du 15 décembre sont importantes :

  • un congé exceptionnel de 5 jours à prendre en 2017, qui constitue une forme de reconnaissance légitime de l’état de fatigue générale des agents, confrontés à une forte augmentation de leur charge de travail, notamment depuis le début du déménagement
  • l’engagement par écrit de la direction de la BnF de verser une nouvelle prime lors des opérations de transfert à la fin des travaux, ce qui permet de prendre date pour l’avenir, en espérant que les modalités de cette prime seront les mêmes qu’en 2016, augmentées de l’inflation
  • le paiement du jour de grève, ce qui est une première depuis fort longtemps à la BnF

Ces mesures se cumulent avec la prime de 500 € brut, déjà actée depuis la réponse de la Directrice générale en date du 06 décembre au courrier intersyndical, lui demandant d’augmenter de manière significative le montant de la prime.

L’ensemble de ces avancées par rapport aux propositions initiales de la direction de la BnF, présentées aux syndicats lors d’une réunion le 21 octobre dernier sont le produit d’un mois et demi de lutte dont le point culminant a été la grève commune BnF-INHA, le 15 décembre. Cette journée a été une réussite : la grève, tant du côté INHA que de celui BnF a été bien suivie, tous les départements  spécialisés étaient fermés faute d’agents en nombre suffisant pour accueillir les lecteurs. Quant à l’entrée de l’emblématique Salle Labrouste, désormais partagée entre l’INHA et le département des estampes de la BnF, elle était bloquée par une barricade de 200 cartons de déménagement vides, recouverte d’une banderole: « BnF-INHA: prime déménagement, le compte n’y est pas ». Au plus fort du piquet de grève, 120 personnes étaient présentes ce qui a permis de transformer avec succès  le jeudi 15 décembre, date prévue de la réouverture au public de la zone 1 du site Richelieu, en une opération portes fermées BnF-INHA

En milieu de matinée, la Directrice générale a fait savoir qu’elle était disponible pour négocier. En AG, mandat a été donnée aux représentants syndicaux et aux agents volontaires de rencontrer la direction sur la base de la revendication de 700 €. D’emblée, la Directrice Générale a clairement signifié que malgré la grève, la direction resterait ferme sur les 500 €, elle a en revanche entrouvert la porte à une autre forme de reconnaissance de la pénibilité que l’octroi d’une prime exceptionnelle, à savoir la possibilité d’accorder un jour de congé exceptionnel. En AG, il a été décidé à la quasi-unanimité de s’engouffrer dans cette brèche, en exigeant non pas un mais cinq jours de congés supplémentaires pour 2017, mais aussi sur proposition de la FSU : l’engagement par écrit qu’une nouvelle prime soit versée aux agents en 2020, à la fin des travaux, et sur proposition d’un camarade de la CGT : non retenue sur salaire du jour de grève. Lors de la deuxième réunion de la journée, la Directrice générale a accepté ces trois exigences, à condition que le piquet de grève soit levé et le site Richelieu puisse rouvrir le lendemain. C’est sous les applaudissements et dans l’allégresse générale que les agents ont accueilli les résultats de cette négociation-éclair, fiers d’avoir pu obtenir par leur mobilisation la reconnaissance légitime des efforts déployés depuis 2009 dans des conditions de travail dégradées.

En plus du blocage de l’administration sur les 700 €, l’autre point noir de la journée de grève du 15 décembre concerne  les collègues de l’INHA. Ces derniers, comme à la BnF, ont  certes pu obtenir  5 jours de congés exceptionnels et le non prélèvement de la journée de grève, mais des inégalités de traitement inacceptables demeurent : 500 € brut pour les agents de la culture et les contractuels mais 0 € brut pour ceux de l’enseignement supérieur. Pour autant, leur combat n’est pas terminé puisque les agents de l’INHA ont voté en AG le 15 décembre le principe d’une action le 05 janvier, jour de présentation à la presse de la salle Labrouste et des locaux de l’INHA. Les modalités de cette action seront précisées et déterminées lors d’une AG le 03 janvier. Des représentants de la FSU seront présents afin d’exprimer leur solidarité avec les collègues de l’INHA et de débattre avec eux les formes que pourraient prendre cette solidarité.

Au final côté BnF, le terme de victoire n’est vraiment pas usurpé, surtout si l’on compare le dispositif définitif de la prime déménagement : 500 € brut, non proratisés avec les mesures initiales annoncées par la direction de la BnF le 21 octobre dernier : une prime de 350 euros brut, soit 280 € net , proratisée en fonction du temps de travail et RIEN DU TOUT, pour les agents présents depuis moins de six mois sur les sites Richelieu et Louvois, ce qui était parfaitement injuste puisque les agents en question ont participé en partie  à la préparation du déménagement et aux opérations de transfert. L’assouplissement obtenu de la règle des 6 mois de présence sur les sites Richelieu et Louvois  permettra aux agents concernés de toucher une partie de la prime, en fonction de leur ancienneté sur le site. L’abandon de la proratisation est un acquis d’importance car les agents à temps partiel, titulaires comme non titulaires, représentent environ 15% des effectifs sur les sites Richelieu et Louvois, soit une soixantaine de personnes.

Si la Direction de la BnF a commencé par faire des propositions scandaleusement  basses, en regard du travail supplémentaire et pénible lié aux 9 ans de travaux et aux 9 mois de transfert, la raison en est qu’elle misait sur le silence des personnels et sur le fait qu’ils accepteraient sans broncher la somme ridicule de 280 € net pour l’ensemble des efforts déployés. Mais c’était sans compter sur l’expérience de la lutte de 2009 et la mémoire qu’en a conservé une grande partie des agents de Richelieu, en particulier le département des estampes et son équipe de magasinage, en tête de pont de la contestation à l’époque. En 2009, suite à une lutte âpre, les agents de Richelieu étaient parvenus dans l’unité intersyndicale CFDT-CGT-FSU-SUD CULTURE  à imposer à la Direction de la BnF les deux exigences suivantes : premièrement,  le versement aux catégories B et C d’une prime compensatoire pour charge de travail supplémentaire, notamment la communication différé et deuxièmement,  la sanctuarisation des postes sur le site Richelieu durant la durée des travaux.

 

2 – Un mois et demi de lutte : le département des estampes et la FSU en première ligne

Comme en 2009, le mouvement sur la prime est partie des magasiniers des Estampes : ils se sont  réunis une première fois fin octobre pour débattre des premières propositions faites par la direction de la BnF lors de la réunion de présentation du 21 octobre  puis ont  fait appel à la FSU pour organiser à l’échelle du Département des estampes une heure mensuelle d’information sur la question de la prime.  Lors du cocktail dinatoire organisé le 04 octobre dans la salle ovale, la présidente de la BnF, Madame Laurence Engel avait  chaudement félicité les agents pour les efforts accomplis et annoncé que ces efforts donneraient lieu à « UNE JUSTE GRATIFICATION ». Manifestement, aux Estampes, nous n’avons pas du tout la même conception de ce qu’est « une juste gratification ». En effet, lors des deux réunions organisées dans ce département,  si  les personnes présentes se sont félicitées du fait que la prime concernait l’ensemble des agents des sites Richelieu et Louvois,  quelles que soient leur catégorie ou leur statut, en revanche, les autres mesures annoncées le 18 octobre ont fait l’unanimité contre elles :

  • le principe de proratisation de la prime, en fonction du temps de travail, qui constitue une double peine pour les agents à temps incomplet, en particulier les non-titulaires, dont une grande partie cumulent petits salaires et temps partiel subi.  Cette proratisation est  contraire au  principe élémentaire d’égalité entre tous les agents mise en avant par la direction de  la BnF, elle-même, lors de la réunion de présentation des modalités de la prime Richelieu du 21 octobre.
  • La justification d’au moins 6 mois de présence sur les sites Richelieu et/ou Louvois (cf. plus haut pour l’analyse)
  • et surtout le montant de la prime : TRÈS INSUFFISANT en regard des conséquences sur les conditions de travail et la charge de travail liées au déménagement, tant en amont qu’en aval. Une prime de 350 € aurait représenté un coût moindre que la somme dépensée pour le ménage de la salle Labrouste. Aux yeux de la Direction, les personnels auraient-ils moins d’importance que le ménage ? Ce montant initial était d’autant plus inacceptable qu’une grande partie des magasiniers auraient touché une prime moindre en 2016 que celle perçue en 2009 alors que cela aurait dû être exactement le contraire tant les tâches liées au déménagement d’un département entier, personnels  et collections, sont infiniment plus lourdes et contraignantes que celles liées à la mise en œuvre de la communication différée, qui constituait en 2009 la justification du versement d’une prime de 400 €.

Si les insuffisances du dispositif arrêté initialement par l’administration ont fait rapidement consensus parmi les agents des estampes, la question du montant à exiger a fait l’objet de propositions couvrant un spectre extrêmement large : de 600 € jusqu’au versement d’un treizième mois, en passant par l’exigence de 1000 €. Au final, une majorité s’est dégagée pour la revendication de 700 € pour tous, qui présentait l’avantage de concilier deux nécessités : d’une part, l’importance que le montant fixé soit à la fois un objectif atteignable et une revendication crédible vis-à-vis de la Direction, et d’autre part, la volonté que notre travail soit reconnu à sa juste valeur, et non au rabais, et que par conséquent la prime prenne en compte l’ensemble  des conséquences des travaux sur les personnels et leurs conditions de travail depuis 2009, et pas seulement pour l’année 2016. C’est à la croisée de cette double nécessité qu’est née la revendication de 700 €, soit le double de ce que proposait dans un premier temps la Direction.

Le mouvement sur la prime initié aux Estampes par l’équipe de magasinage avec le soutien de la FSU s’est ensuite étendu aux autres départements des sites Richelieu et Louvois grâce à la CGT et SUD CULTURE, puis plus tard la CFDT, qui ont rejoint la FSU  pour appeler dans l’unité syndicale à trois  AG  sur la question de la prime et soutenu une pétition des personnels exigeant : PRIME RICHELIEU  :  700 € minimum pour tous !

Dans ce processus d’élargissement et de montée en puissance du mouvement, la FSU a joué un rôle moteur: ce sont ses représentants qui ont pris en charge la rédaction de tous les tracts , des courriers intersyndicaux à l’administration, et du texte de la pétition, qui ont fait signer cette pétition par près de 200 agents en tenant un stand deux jours de suite à la cantine, et qui enfin ont assuré pour l’essentiel la distribution des tracts avec l’appoint de la CGT et le collage des affiches. Si la CGT a été la première à dégainer pour communiquer sur la victoire au niveau de la prime, sur son site internet dès le 17 décembre et auprès des agents par mails le 20 décembre, il convient de rappeler qu’elle avait fait preuve de moins d’empressement pour apporter son soutien au mouvement initié par les personnels des Estampes  et qu’il a fallu attendre plusieurs jours avant qu’elle ne le fasse, à la grande surprise des agents comme des militants CGT de ce département.

Loin de nous la volonté de répandre l’idée que les autres syndicats de la BnF auraient été de simples spectateurs du combat sur la prime. La CFDT, la CGT et SUD Culture ont apporté chacun à leur niveau leur pierre à l’édifice et contribué à l’issue victorieuse du 15 décembre, mais c’est la FSU qui a donné l’impulsion à ce mouvement, en a assuré la construction et déterminé son orientation démocratiquement avec les agents lors des AG organisées, ce qui est loin d’avoir toujours été le cas sur d’autres problématiques propres au site Richelieu, en chantier depuis 2009. La CGT et ses militants ont par exemple accompli un excellent travail sur les problèmes liés à l’implantation des bureaux et aux circuits de circulation dans la zone 1 du site Richelieu. Sans l’intervention opiniâtre de ces camarades, les conditions de travail des personnels seraient bien pires qu’elles ne le sont actuellement. Mais sur la question de la prime, force est de reconnaître que la FSU a toujours  été en  première ligne, aussi bien dans la lutte de cet automne, qu’en amont par son intervention constante depuis plusieurs années en CT, en CHS, et dans les réunions avec la direction pour que cette dernière s’engage à verser une nouvelle prime aux agents de Richelieu après celle obtenue en 2009.

Si, dans cadre de l’intersyndicale BnF, la FSU a été la cheville ouvrière de la lutte sur la prime, le mérite de la victoire revient avant tout aux personnels BnF et INHA qui ont lutté coude  à coude lors de la grève commune du 15 décembre, mais aussi lors des AG, des agents de la BnF participant et intervenant dans les AG INHA et vice et versa.

 

3 – De précieuses leçons pour les luttes à venir, tant au niveau local, sur les conditions de travail qu’au niveau national, sur les attaques en préparation contre les fonctionnaires

La victoire remportée sur la question de la prime est importante à plus d’un titre.  D’abord, même si les 700 € réclamés n’ont pu être obtenus, le dispositif arrêté à l’issue de la grève du 15 décembre gratifie de manière satisfaisante le travail  supplémentaire effectué par  l’ensemble des agents des sites Richelieu et Louvois dans conditions de travail rendues très pénibles depuis l’engagement des travaux en 2009 : augmentation sensible des arrêts maladie sur le site Richelieu, depuis le début du chantier, succession d’incidents techniques, multiplication des déplacements d’un site à l’autre,  nuisances sonores et olfactives, saleté…

Certes, le versement d’une prime plus conforme aux attentes des personnels que les propositions initiales de la direction de la BnF ne résout pas, loin de là, tous les problèmes posés par le chantier Richelieu. L’argent n’achète pas tout : une bonne prime ne répare pas  les  séquelles physiques dont ont souffert ou souffrent encore un certain nombre d’agents, elle n’efface pas non plus tout ce qu’on dû subir les personnes depuis le début des travaux. Mais, ces limites posées,  nous insistons sur l’importance de cette prime et du signal positif qu’elle envoie aux agents comme forme de reconnaissance de  leur travail et sur la confiance qu’elle leur donne en leur capacité d’imposer à la direction de la BnF la prise en compte de leurs intérêts matériels et de leurs légitimes revendications.

En cela, lutte victorieuse sur la prime ne vaut pas que pour elle-même et les 500 € en plus sur la fiche de paie mais aussi par les leçons que l’on peut en tirer pour faire face efficacement à ce qui nous attend au niveau de la BnF comme au niveau national. Même si cette lutte a été menée à une petite échelle, celle d’un site de la BnF, elle n’en est pas moins riche d’enseignements qui pourront être transposés à une plus large échelle, celle de la BnF dans son ensemble, voire de la Fonction publique.

① Le premier enseignement d’importance de la lutte sur la prime est le suivant: pour se rassembler et gagner sur leurs revendications, les travailleurs ont besoin des syndicats et de l’unité de ces organisations.

Mais ,pour que cette unité soit efficace, il est d’une importance capitale que les agents puissent  garder le contrôle sur leur lutte et que par conséquent les syndicats se mettent à leur service et les consulte à intervalles réguliers sur l’évolution du mouvement, sur l’orientation à lui donner et sur les décisions à prendre et les formes d’action à mener en fonction des propositions de la direction.  Tel a été le cas de bout en bout durant la lutte sur la prime : depuis les premières réunions au département des estampes, jusqu’aux négociations finales avec l’administration le 15 décembre, en passant par le comité technique où l’ensemble des syndicats : CGT, CFDT, FSU et SUD Culture ont refusé de prendre part au vote sur le point 8, relatif à la prime Richelieu, laissant ainsi le soin aux seuls agents  de se prononcer sur les nouvelles propositions de la Direction. Lors de chaque moment-charnière de la lutte : passage de 350 € à 400 € et extension du périmètre d’application de la prime, puis augmentation du montant à 500 € et enfin octroi de  jours de congés supplémentaires, l’intersyndicale a appelé les personnels à se réunir en AG afin qu’ils se prononcent sur les annonces de la Direction et décident des suites ou non à donner à donner à leur mouvement et sous quelles formes.

Si la mise au service des personnels de l’outil syndical est relativement aisé à mettre en œuvre au niveau local, il en va tout autrement au niveau national où les liens entre les travailleurs et les bureaucraties à la tête des fédérations  et confédérations syndicales sont plus lâches et où s’expriment très fortement les intérêts spécifiques des bureaucrates syndicaux qui vivent confortablement du dialogue social avec les gouvernements en place ce qui les met bien souvent en contradiction avec la défense des intérêts des salariés qui impliquerait au contraire l’engagement d’un combat frontal avec ces gouvernements. En 2003, lors de la lutte sur la contre-réforme des retraites Chirac-Fillon, des centaines de milliers d’enseignants et de fonctionnaires, y compris à la BnF, ont payé fort cher, pour le savoir. Malgré de multiples journées de grève rassemblant des millions de personnes, malgré l’avalanche de motions parvenues au siège des centrales syndicales leur demandant d’appeler à la grève générale de la fonction publique, les Directions syndicales ont refusé jusqu’au bout de défendre ce mot d’ordre, laissant ainsi la voie libre à Fillon pour faire passer sa contre-réforme, portant le droit à pension de 37 annuités et demie à 40. Quelle que soit la difficulté de l’entreprise, les travailleurs auront à s’organiser pour mettre les Directions syndicales nationales au service de leurs revendications afin d’affronter efficacement  le gouvernement qui sortira des élections de 2017, surtout si l’heureux élu est Fillon et qu’il met à exécution son véritable plan de guerre contre les fonctionnaires : suppression de 500 000 postes, passage du temps de travail à 39 heures et liquidation du statut. Le cas échéant, ils devront exiger des dirigeants syndicaux nationaux le refus de toute négociation sur la base d’un tel plan de guerre et organiser dans l’unité  le combat pied à pied contre cette offensive d’une violence extrême.

② Deuxième leçon : la victoire sur la prime montre qu’un mouvement n’est jamais aussi fort et efficace que lorsqu’il parvient à rassembler des agents venant d’horizons divers. Bien plus qu’en 2009, le mouvement de 2016 a réuni des agents de catégorie A, B, C, titulaires et non titulaires, issus de tous les départements spécialisés. Certes il  convient d’apporter un bémol à ce constat, en soulignant que lors des AG le gros des troupes venait du département des Estampes, en particulier de l’équipe de magasinage. Cependant, la grève du 15 décembre, et surtout la pétition ont montré que les personnels, toute catégorie, tout statut et départements confondus se sont sentis concernés par la question de la prime. Si la pétition  a été un succès, ce n’est pas uniquement en raison du nombre de signataires, près de 200 en 2 jours, mais aussi et surtout parce qu’elle a été signée par des personnes couvrant l’intégralité du spectre de situations professionnelles à la BnF.  L’unité syndicale a favorisé l’émergence d’un tel brassage catégorielle et statutaire, tout comme le choix de la revendication défendue: 700 € pour tous qui par définition constituait un trait d’union entre tous les personnels. Une telle unité du haut en bas de l’échelle des rémunérations et de la hiérarchie, fait suffisamment rare pour être souligné, a joué un rôle important dans l’issue victorieuse de la lutte sur la prime. 

③ Enfin, troisième et dernier enseignement de la lutte pour la prime: la nécessité de procéder par étapes pour construire un mouvement susceptible d’entraîner dans la mobilisation le plus grand nombre de personnes possibles. Dans cette perspective, c’est à dessein, que la grève et le blocage du site Richelieu, le jour prévu de la réouverture au public n’ont pas été mis en avant dès le début du mouvement. D’une part, brandir d’emblée ces deux armes auraient pu rebuter une partie des personnels, peu habitués à lutter et fortement attachés au Service Public, et qui de ce fait auraient mal perçu la perspective de repousser la réouverture alors que le site Richelieu est fermé aux lecteurs depuis 3 mois. C’est pourquoi la grève ne devait être utilisée que comme une solution d’ultime recours, dans la dernière ligne droite de la lutte, en cas de refus absolu de la direction de la BnF de revoir à la hausse ses propositions sur la prime. De là, découle la volonté de construire notre lutte par paliers : AG, pétition, courrier intersyndical à l’administration. De ce fait, le préavis de grève déposé par l’intersyndicale suite  à un vote largement majoritaire lors de l’AG du 08 décembre est  apparu comme le dernier moyen pour nous faire entendre sur la revendication de 700 €. Ce préavis de grève donnait obligation à la Direction de la BnF de recevoir les représentants syndicaux ce qui lui offrait la possibilité de donner satisfaction aux agents et donc permettre que le site Richelieu rouvre normalement le 15 décembre. Il n’en a rien été si bien que la grève du 15 décembre a été bien suivie par les personnels dans la mesure où elle leur est apparue non comme une volonté irresponsable de « prendre en otage » les lecteurs et la réouverture du site mais comme le produit du blocage de l’administration sur les 700 €. C’est la Direction de la BnF qui porte l’entière responsabilité de la fermeture du site le 15 décembre, c’est elle qui a manqué de respect ce jour-là aux lecteurs en refusant de reconnaître à sa juste valeur le travail accompli pendant des mois par les personnels pour accueillir ces lecteurs dans des conditions satisfaisantes, ce qu’à sa façon, la Direction elle-même a été contrainte de reconnaître en acceptant de payer le jour de grève.

La victoire sur la prime, à condition d’en assimiler tous les enseignements, place les agents de sites Richelieu et Louvois en position de force par rapport à la direction pour aborder la suite,  en particulier les conditions de travail suite à la réouverture au public de la zone 1 de Richelieu. Cette victoire a montré à l’administration que nous savions nous organiser et nous battre efficacement pour défendre nos revendications. Le versement d’une prime de 500 € brut et l’octroi de 5 jours de congés supplémentaires n’exonèrent en rien la Direction de la BNF de ses responsabilités en matière d’effectifs, de sécurité, de conditions de travail. Elle n’a en rien acheté la paix sociale pour les mois à venir, ni un blanc-seing pour exiger tout et n’importe quoi des personnels sous prétexte qu’elle leur a versé une prime et qu’elle le refera à la fin des travaux. Le fait qu’on ait pu obtenir par notre mobilisation une juste gratification de notre travail, bien supérieure ce que l’administration proposait initialement doit au contraire nous servir de point d’appui pour exiger une amélioration des conditions de travail. Sur cet objectif, la FSU va proposer aux autres syndicats d’organiser courant janvier une heure mensuelle d’information syndicale afin de faire le point département par département des problèmes liés à la réouverture tant au niveau des conditions de travail que des effectifs et de décider collectivement des moyens à mettre en œuvre pour améliorer au plus vite la situation des personnels.

Conclusion : de l’importance de s’organiser et donc de se syndiquer

La lutte victorieuse sur la prime ne doit pas rester sans lendemain, elle doit au contraire nous permettre de bâtir d’autres victoires, d’obtenir d’autres avancées, à commencer sur la question des conditions de travail. Le mouvement à Richelieu de l’automne 2016 est l’illustration vivante que rien n’est fatal, que la mobilisation des personnels dans l’unité syndicale peut faire bouger les lignes et imposer à l’administration des revendications qu’au départ elle balayait d’un revers de main. Il suffit de se remémorer le discours de la Directrice Générale, jurant ses grands dieux lors de la première réunion sur la prime le 21 octobre que la BnF avait fait des efforts considérables sur la prime et qu’elle ne pouvait pas raisonnablement aller au-delà de 350 € pour tous. En un mois et demi de temps et de lutte, ce discours a pris un terrible coup de vieux.

Dans les luttes à venir, tant au niveau local qu’au niveau national, les syndicats auront un rôle central à jouer, mais sans les travailleurs, ils ne sont rien. Ils ont donc besoin pour être plus efficaces qu’aujourd’hui d’être renforcés et légitimés par le biais d’une augmentation du taux de syndicalisation. A cet égard, les discussions avec les collègues de l’INHA et leurs représentants syndicaux ont été riches d’enseignements.  Si les agents de l’INHA se sont massivement mobilisés, à un degré bien supérieur à ceux de la BnF, le paradoxe est que pour l’instant ils ne sont pas parvenus à obtenir autant qu’à la BnF, à savoir 500 € pour tous, les personnels relevant de l’enseignement supérieur touchant zéro € brut de prime déménagement. L’explication d’une telle situation ne tient pas uniquement au mépris et à la fermeté extrême de la Direction de l’INHA vis à vis de ses salariés, ou à la spécificité de cet établissement dont les agents relèvent de deux tutelles, la Culture et l’Enseignement Supérieur. La  différence entre les résultats obtenus à la BnF et à l’INHA sur la prime est aussi, pour une large part, le produit de la différence entre le poids des syndicats et des traditions de lutte entre ces deux établissements. Par exemple, à l’INHA, la dernière mobilisation d’ampleur remonte à 2002 alors qu’elle date de 2009 à la BnF (cf. plus haut partie I), la sphère d’influence et l’ancienneté d’implantation des syndicats n’y est pas la même non plus. Les agents de l’INHA n’ont certes pas obtenu satisfaction, mais ils se sont levés tous ensemble pour exprimer leur mécontentement face à leur direction, ils ont tissé des liens entre eux et avec les syndicats, en un mot ils ont fait l’expérience in vivo de ce qu’est la lutte des classes de ses difficultés et des outils à forger pour gagner. Nul doute que cette expérience leur sera d’une grande utilité pour la suite. Victoire ou défaite n’est pas le seul critère pour apprécier la portée d’un mouvement: il en est un autre : le résultat de la lutte en terme de conscience et d’organisation, comme le disait Marx et Engels, dans le Manifeste du parti communiste, dans le passage suivant dont les conclusions n’ont pas pris une ride: « Parfois les ouvriers triomphent; mais c’est un triomphe éphémère. Le résultat véritable de leurs luttes est moins le succès immédiat que l’union grandissante des travailleurs (…) » (Manifeste du parti communiste) Appliquée à l’INHA et la BnF, cette conclusion signifie que le mouvement sur prime mené en commun dans ces deux établissements n’aura de portée pour l’avenir que s’il se traduit chez les agents par la prise de conscience de s’organiser, et donc de se syndiquer.

 

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