Une intervention de la FSU-BnF lors du CHSCT du 2 décembre 2016 sur les transferts à Richelieu et le montant de la prime

 

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Il me semble que j’entends un chien qui aboie. N’est-ce point qu’on en voudrait à mon argent ?


En préambule, je tiens à souligner que la FSU se félicite du travail de grande qualité effectué par les agents en charge de l’organisation et de la planification des complexes opérations de transferts des collections et des services. Ce travail minutieux est un des éléments expliquant le fait que les diverses opérations de transfert, se déroulent dans les délais, à quelques exceptions près, notamment pour le laboratoire de la DSC (département de la conservation). Mais la raison essentielle du respect des délais tient aux efforts méritoires déployés par l’ensemble des personnels, tous départements toute catégories, tout statuts confondus sur les sites Richelieu et Louvois. Alors, oui, bravo, on est dans les délais ou presque, mais j’ai envie de dire à quel prix pour les personnels ?

Pour qui travaille au quotidien à Richelieu, il est évident que le prix à payer est élevé, trop élevé. C’est peut-être moins clair, en revanche, je peux le comprendre, quand on travaille à Tolbiac, mais c’est pourtant la réalité.

Loin de moi l’intention de noircir le tableau, mais tout de même, on en bave : un agent technique travaillant depuis 30 ans à Richelieu m’a confié que le déménagement actuel était le déménagement le plus compliqué, le plus épuisant qu’il ait connu, et pourtant, m’a-t-il dit, il en a connu des transferts de collections et de service tout au long de sa carrière à Richelieu. Il n’est pas le seul à le penser. Ce qui domine actuellement parmi les agents, c’est un état de fatigue générale mêlé à un sentiment de lassitude, confinant au ras-le-bol. Les conditions de travail dégradées, voire dangereuses, j’y reviendrai tout à l’heure, combinées à une augmentation de la charge de travail produisent des effets redoutables, à commencer par une hausse des heures écrêtées et une augmentation des personnes concernées par ces heures écrêtées, en particulier les agents, qui sont référents en matière de transfert. Ce volume d’heures écrêtées, ce n’est ni plus ni moins du travail gratuit.  Travailler plus pour gagner la même chose, c’est le programme de François Fillon, mais, à la BnF, on le met déjà en pratique. Lors de la présentation du bilan social 2015 au CT de juillet dernier, la FSU, comme tous les autres syndicats, avaient dénoncé la montée en puissance des heures écrêtées. Dans le bilan 2016, il y a de grandes chances que pour Richelieu, on explose les scores, si rien n’est fait d’ici là pour enrayer ce phénomène.  Ce sujet fait l’objet d’une question diverse CGT-FSU.

Dans ce tableau assez inquiétant, il y a tout de même des points positifs, notamment, le transfert des personnels s’est bien déroulé tout comme l’installation dans les nouveaux locaux d’accueil. Il y a bien ici ou là, quelques problèmes, notamment au niveau de la climatisation, pour les agents placés dans des ateliers et non des bureaux ce qui a pour conséquence le fait que la climatisation ne peut être réglée, celle-ci régulant d’autres ateliers où sont conservées des collections ne supportant qu’une température assez basse. Par exemple, dans le bureau, ou plutôt l’atelier où je travaille, l’air froid nous arrive dans le cou et sur les épaules à tel point qu’on est obligé de travailler en manteaux avec des gants. On a signalé le problème : mais pour l’instant, rien n’est réglé. Alors, de deux choses l’une, soit vous parvenez à réguler la climatisation, soit vous nous recasez dans un autre bureau, mais on ne peut pas rester comme ça. Ça fait deux semaines que ça dure, maintenant ça suffit !

 Mais, dans l’ensemble, il faut le souligner, à quelques grosses exceptions près, les choses se sont plutôt bien déroulées au niveau du transfert des services et de l’installation dans les nouveaux locaux. En revanche, au niveau des opérations de transfert des collections, là, c’est plus du tout, mais alors plus du tout la même chanson. Le déménagement des collections a livré son lot d’accidents et d’arrêts de travail.

Fort heureusement, on en est pas encore au niveau de l’INHA, où deux agents depuis le début des transferts ont dû être évacués par les pompiers et transportés à l’hôpital.  Pour autant, à la BnF, le déménagement est loin d’être un long fleuve tranquille.  Par exemple, au Département des estampes où je travaille, 4 magasiniers sont actuellement en arrêt maladie pour des raisons liées au déménagement : mal de dos, mal aux genoux, mal aux bras…. En tout, sur une équipe de 15 magasiniers, ce sont 6 agents qui auront dû s’arrêter depuis le début du déménagement, soit plus d’un tiers, ça commence à faire beaucoup, beaucoup trop, à tel point qu’on peut parler d’une hécatombe, d’autant qu’il n’y a pas que les personnels de catégorie C qui sont touchés, les A et B ont également payé leur tribut au déménagement avec plusieurs arrêts maladie à la clef. J’ai même un collègue BAS qui a été blessé par une armoire roulante remplie de collections, et qui a dû s’arrêter lui aussi quelques jours.

C’est tout sauf un hasard si le Département des estampes paie au prix fort le déménagement. En effet, aux Estampes, nous avons été condamnés à une double peine en quelque sorte.  Non seulement, les agents doivent , comme dans les autres départements spécialisés, surveiller les opérations de transfert, 8 à 9 plages par agents et par mois, mais en plus, une grande partie des collections de la Réserve des estampes est à la charge des agents eux-mêmes : c’est-à-dire qu’il ne s’agit plus de surveiller le travail des déménageurs professionnels, mais de faire carrément le travail des déménageurs, puisqu’il nous est demandé de mettre les collections dans les armoires et de les réinsérer ensuite dans les rayonnages du magasin d’arrivée. C’est un peu le monde à l’envers : c’est nous qui déménageons, et ce sont les déménageurs qui nous regardent déménager, on marche sur la tête. Les déménageurs eux-mêmes sont très étonnés de cette façon de faire et nous disent que normalement ce serait à eux de faire cela. Mais, la Direction de la BnF en a décidé autrement, tout en sachant fort bien que ce serait une opération délicate à mener, dans la mesure où le personnel des estampes, notamment parmi les catégories A et B, est un personnel pour l’essentiel féminin, et relativement âgé, pas du tout le profil d’armoires à glace, en état de porter et de soulever des collections parfois très lourdes et volumineuses.

Je me souviens fort bien qu’au printemps dernier, les agents des estampes avaient fait savoir à la direction qu’il n’était pas raisonnable de confier le déménagement des collections de la Réserve aux personnels eux-mêmes, je me souviens également être intervenu au CHSCT de mars dernier vous avoir alertés sur les difficultés qui se profilaient.  Malheureusement, en vain, eh bien aujourd’hui, on voit le résultat, ce sont les agents qui paient la facture et elle est assez salée.  Une question se pose : comptez-vous tirer les leçons de ce qui est en train de se passer, autrement dit, comptez-vous confier dans 5 ans, le retour des collections de la réserve dans la zone 2 à des déménageurs professionnels dont c’est le métier ou bien une nouvelle fois aux agents dont ce n’est pas le métier ?

Compte tenu des conditions de travail très difficiles, j’aimerais vous poser une autre question : comptez-vous recruter du personnel supplémentaire, ou à tout le moins maintenir les effectifs actuels dans les départements spécialisés, et ce jusqu’à la fin des travaux ? La sanctuarisation des postes tient-elle toujours pour les travaux dans la zone 2 ou bien est-elle devenue caduque, autrement dit aux coups de marteaux-piqueurs dans les cloisons va-t-il falloir ajouter les coups de rabot dans les effectifs ?  J’espère que la sanctuarisation des effectifs sera reconduite pour la phase 2 des travaux : on est déjà actuellement sur le fil du rasoir, si on supprime des postes à Richelieu, on va tout droit dans le mur.

Conditions de travail dégradées, augmentation de la charge de travail, on a là deux ingrédients d’un cocktail dangereux, mais ce cocktail pourrait bien devenir explosif, si vous y ajoutez un troisième ingrédient, à savoir, le sentiment très largement partagé parmi les agents d’un manque de reconnaissance et de considération pour les efforts méritoires qu’ils ont déployés. La meilleure preuve en est le succès important rencontré par la pétition exigeant 700 euros pour tous, pétition signée en moins de deux jours par plus de la moitié des agents du site Richelieu, toute catégorie et tout départements confondus Franchement, 400 euros, ce n’est vraiment pas cher payé pour tout le travail accompli depuis le début du déménagement, et tout ce qu’on endure depuis le début des travaux.  400 euros : La pilule est amère et elle a beaucoup de mal à passer, croyez-moi.  Vous vous en seriez rendu compte par vous-même si vous aviez maintenu la réunion du 5 décembre à laquelle la directrice générale, avait convié l’ensemble des personnels du site Richelieu au sujet de l’avenir du site Richelieu. Cette réunion a été reportée courant janvier 2017, c’est dommage parce que nous vous avions prévu un comité d’accueil aux petits oignons. Mais ce n’est que partie remise, nous aurons d’autres occasions de faire entendre notre mécontentement, à moins bien entendu, comme nous l’avons notifié dans le courrier intersyndical adressé mercredi dernier à la directrice générale que vous finissiez par accepter de revoir à la hausse vos propositions sur le montant de la prime.

La balle est désormais dans votre camp, à vous de jouer !

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