Quand les Shadoks s’inclinent devant le Dragon à la BnF

« Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt » (proverbe chinois)

S’agit-il d’un nouvel épisode de la célèbre série ? Que nenni ! Eh bien, quoi nous direz-vous ! Il s’agit d’une histoire moins drôle. Et ces Shadoks–là qui ont sans doute voulu inverser la devise de leurs homonymes : « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » ont entrepris, sous le prétexte fallacieux de rationalisation, de simplification, de casser un système parfaitement rôdé qui, depuis de longues années fonctionnait parfaitement. Ces Shadoks auraient-ils une réalité : la direction de la BnF secondée par la cellule des marchés ?

Jusqu’à présent, les acquéreurs des secteurs Chine, Japon, Inde, Vietnam avaient leurs fournisseurs attitrés. Cela marchait bien. Mais nos Shadoks, dignes représentants du principe de Peter, ont décidé, comme très souvent à la BnF, sans aucune concertation ni aucune consultation des collègues acquéreurs, spécialistes de ces langues, si ce n’est avec la complicité de l’encadrement du moins avec son désintérêt cynique, de n’avoir plus qu’un seul fournisseur pour l’Asie. C’est simple. Il fallait y penser. L’Asie, qui comme chacun sait- en tout cas nos Shadoks – est une entité politique, économique… évidente !!! Car à l’instar des Shadoks historiques qui n’avaient pour tout langage que « Ga, Bu, Zo, Meu. », les Shadoks-BnF, eux, n’ont que quelques mots-clés à la bouche tels simplification, modernisation, etc… qu’ils appliquent de manière mécanique : c’est là qu’on retrouve la proximité avec la dernière syllabe de leurs cousins ! Toute personne sensée aurait déjà du mal à imaginer un seul fournisseur pour l’Europe alors l’Asie…Un appel d’offre a donc été lancé et bien évidemment les fournisseurs spécialisés du Japon, de l’Inde, du Vietnam n’ont pas répondu parce qu’en bons professionnels, ils savaient qu’il était impossible de gérer convenablement ce marché. Seule, la Librairie « Le Phénix » a répondu et a, ipso facto, été choisie

Le fait qu’un seul fournisseur a répondu à l’appel aurait dû interpeller nos Shadoks. Un seul fournisseur aussi compétent, aussi professionnel qu’il soit, ne pourra jamais couvrir des domaines linguistiques et des marchés aussi différents. Et sans préjuger de l’avenir, il est fort à parier que ce fournisseur unique, avec tout le professionnalisme ou la volonté qu’il puisse avoir ne pourra pas trouver et dénicher toutes les publications de ces différents pays…Or, cette librairie jusque-là indépendante, vient de passer sous pavillon chinois : China International Book Trading Corporation (CIBTC) : curieusement, la société propriétaire semble être la même que celle qui a obtenu le marché pour numériser le fonds des manuscrits chinois de la BnF….Cherchez l’erreur !

Autre problème, petite broutille nous direz vous : cette librairie multiplie systématiquement par trois le prix des livres – ce que ne faisaient pas les anciens fournisseurs. Ainsi, avec le même budget, la BnF, aura-t-elle environ la moitié moins d’ouvrages. Vous avez dit économies ? Mais cela n’a pas eu l’air d’émouvoir l’encadrement qui a répondu à nos acquéreurs que cela n’était pas un problème et que la BnF achèterait moins de livres. …Qui du service public ? Des missions de la BNF ? Travaille – ton encore à la Bibliothèque nationale de France ? On peut se poser la question. Mais peut-être qu’après tout, la direction et l’encadrement ont  ils définitivement abandonné tout intérêt pour les laborieuses problématiques liées aux marchés d’acquisitions pour pouvoir assister, l’esprit soulagé aux défilés de mode organisés sans vergogne dans les espaces dévolus à la lecture publique du site de Tolbiac.

Mais il y a plus grave : cet unique fournisseur passé armes et bagages sous contrôle chinois aura le plus grand mal à se procurer les ouvrages scientifiques édités par des structures savantes ou non commerciales Cela ne laisse-t-il pas de craindre « un rétrécissement des libertés », selon l’expression de la sinologue Marie Holzman. Et lorsque l’on sait ce qui se passe à Hong-Kong, comment pourrait- on faire confiance à la parole donnée selon laquelle « Le Phénix », librairie unique en son genre crée il y 45 ans, respectera le pluralisme…Gageons que ce nouveau fournisseur aura à cœur de diffuser des ouvrages critiques concernant le Tibet ou le Xinjiang !

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