Le revers de la médaille

medailles

Une annonce a été faite le 28 août concernant la nomination au grade de Chevalier des arts et lettres de dix agents de la BnF « en raison de leur forte mobilisation lors de l’inondation de janvier dernier ».

Au-delà du caractère exceptionnel et inhabituel de cette mesure dans une maison poreuse où les inondations ont parfois la fréquence des précipitations annuelles, on peut s’interroger sur les critères ayant prévalu à l’attribution des honneurs ainsi que sur la signification de la décision régalienne prise in fine par la précédente directrice générale.

Des très nombreux collègues ont pris part au sauvetage des collections après l’inondation de janvier. Pour la plupart, il s’agissait de personnels du département Littérature et Arts ainsi que du département de la Conservation, mais aussi de nombreux autres collègues volontaires ou désignés pour renforcer les équipes, dont une majorité de magasiniers. Force est de constater que la liste fournie au Ministère par la direction de la BnF n’a en rien tenu compte de la réalité puisque ce sont en grande partie des encadrants qui sont représentés et non les propriétaires des petites mains qui ont pourtant épongé l’eau et séché les pages des livres.

C’est que le « mérite » participe de cette même qualité aristocratique qu’on ne trouve que chez les chefs : il ne peut, venir de la roture dont chacun sait qu’elle n’a que le talent d’obéir. L’imaginaire social réactionnaire hérité de l’ancienne direction fait de la résistance, car c’est là le secret de la véritable chevalerie des Arts et des Lettres.

Oubliées, donc, ou presque, les centaines de collègues dont l’attachement aux collections et l’abnégation n’ont pas eu l’heur d’émouvoir ceux qui, s’étant vu attribuer un quota de breloques à distribuer ont décidé d’honorer d’abord une partie de la chefferie, quitte à vexer l’autre et à adresser un pied de nez indécent à toutes celles et ceux pour qui le ridicule de la situation aura au moins été une occasion de rire.

Oubliées les causes réelles d’une l’inondation qui n’est pas survenue par hasard ou malchance mais parce que la direction, mise au courant de la fragilité de la boucle d’alimentation en eau depuis 2007 – dans un document technique rédigé par le DMT – avait fait le choix de ne pas la remplacer.

Oubliées les injures publiques adressées par deux directeurs aux représentants de la FSU en plein CHSCT, traités de « traîtres » et de « délateurs » parce qu’ayant eu l’audace de communiquer avec la presse et refusé de jouer le jeu habituel de l’omerta quant à une situation grave mettant en danger un patrimoine national commun.

Les décorations – dont certains auront compris que les plus belles et les plus nobles sont celles que l’on a le courage de refuser – flattent l’orgueil, achètent l’amnésie et confèrent aux mains fébriles qui les distribuent la blancheur de l’amnistie.

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