Casse des banques du Haut-de-Jardin : quand sa propre direction démolit la BnF

600px-wrecking_ballPoint d’orgue de la modernité made in BnF, la réforme du Haut-de-Jardin, après une politique de désherbage à outrance et un pilonnage sans commune mesure, la Direction des Collections s’attaque depuis peu au gros œuvre en démantelant, salle après salle, les banques. Pourquoi celles-ci ? Parce qu’elles incarnent l’essence-même du service public c’est-à-dire le minimum d’autorité l’on attend pour un rapport mutuel respectueux : un lieu où la transmission du savoir bibliothéconomique est possible et le point où l’équilibre dans les relations humaines est tenu pour le bien commun de toutes et tous.

Or il a été décidé, sans concertation et pour un coût phénoménal, en pleine période de restrictions budgétaires, d’abattre ces jeunes bureaux en bois très onéreux pour les remplacer par un minuscule et laid meuble IKEA métallique, dressé à la va-vite sur un tapis de sol médiocre et déjà rayé ; de laisser juste un trou de souris aux agents pour accéder à la banque ; de les asseoir dans des sièges trop bas et qui obligent le lecteur à se tenir à genoux pour parler (« side by side », rectifierait la direction des Collections, les yeux embués d’émotion par l’usage de cet anglicisme d’entreprise) ; le tout dans une absence d’ergonomie effarante. Comble du ridicule, trônant au milieu de la « marguerite » : un écran plasma géant et muet (!)  projettera des annonces voire des conférences de la BnF… Ubuesque ! Est-il utile d’en rajouter et d’évoquer les hideuses armoires à pharmacie d’exposition insécurisées ne pouvant accueillir aucun livre. Le sentiment général qui ressort de ce massacre mobilier est celui d’un amer dégoût lié au  mépris affiché de la Direction envers les collègues.

Dans cet endroit « troisième lieu » (expression dénuée de sens dont se gargarise la Direction générale), un assemblage bricolé qui tient évidemment plus de l’espace audio-vidéo du Darty de Morsang-sur-Orge que d’une salle de lecture publique, les grands perdants sont personnels et usagers. En effet, les conditions de travail, qu’on relève de la catégorie A, B ou C, sont détériorées: bruit permanent de l’entrée, promiscuité dans un espace réduit, postures non conformes, impossibilité de concentration, services rendus abaissés, intrusion inévitable du lecteur déboussolé dans le moignon de banque restant, manque de respect corollaire pour le personnel et, cerise sur le gâteau, mise en danger inéluctable de l’agent en cas de débordements. Mais quelle valeur accorder à ces balivernes pour une Direction qui se prévaut de modernité quand le lecteur, pris pour un simple visiteur devient un client quand seul le chiffre de fréquentation compte ? La vocation  initiale du Haut-de-Jardin, à savoir la mise à disposition des collections patrimoniales pour tous cède aujourd’hui le pas au marché et à sa quincaillerie.

La vérité est que tout cela est voulu et concerté. Nul n’est sans savoir que toute la partie Est de Tolbiac est désormais aliénée pour une longue période à des intérêts privés, ceux du groupe MK2, qui y disposera, en plus de ses nouvelles salles de cinéma, d’une galerie commerciale laquelle s’étendra jusqu’aux débuts des bandeaux et donc des salles : ce n’est donc pas un hasard si les premières à avoir subi la défiguration sont les E et F, soit les plus proches des boutiques et autres corner shops prévus. Il s’agit en fait de saboter le Haut-de-Jardin de l’intérieur pour rendre possible la commercialisation des espaces publics et, à terme, faire disparaître ce lieu d’émancipation  démocratique gênant que doit être le Haut-de-Jardin. Ainsi la BnF, privée de livres et de lecteurs mais vouée à la consommation et au « nomadisme culturel »,  se réduirait à ce qu’elle était avant 1996.

C’est pourquoi la FSU exige immédiatement :

l’arrêt de toute destruction des banques de salle du Haut-de-Jardin.

la remise en état a anteriori  des salles E et F.

la sanctuarisation définitive de tout le Haut-de-Jardin.

la fin de la cession de l’Est du site François-Mitterrand aux intérêts privés et marchands.

NOUS N’AVONS PAS À PAYER POUR LES DÉSASTREUSES LUBIES D’UNE DIRECTION AU SERVICE DES INTÉRÊTS MARCHANDS : ENSEMBLE, AGENTS COMME LECTEURS, DÉFENDONS LA BNF ET NE  LAISSONS SURTOUT PAS FAIRE SA DIRECTION OU IL SERA TROP TARD

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2 Commentaires

Classé dans Actualité & Information, Actualité dans les bibliothèques, Culture

2 réponses à “Casse des banques du Haut-de-Jardin : quand sa propre direction démolit la BnF

  1. fougeray

    Pour exister certaines directions trop stupides pour respecter le travail des prédécesseurs ont la sottise de détruire tout ce qui rappelle l’historique au profit de leur simple petit nombril, une goutte d’eau dans l’océan, c’est un désastre pour la culture et l’humanité. Quand un vieil homme meurt, c’est toute une bibliothèque qui disparaît mais quant l’imbécillité prend le dessus sur l’intelligence, c’est un drame pour notre mémoire ! elle était si belle cette bibliothèque pourquoi ne pas plutôt congédier les incompétents plutôt que les livres et les meubles !

  2. Emilie F.

    moi aussi je suis écoeurée et je n’en reviens pas des sommes gaspillées. J’ai presque pitié des bibliothécaires quand je les vois recroquevillés derrière leur mocheté de table faussement moderniste….

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