Vrais-faux vœux du sire Racine à ses sujets

La section FSU-BnF offre à toutes et tous qui luttent contre les destructions socialisto-néo-libérales actuelles dans l’administration et plus particulièrement le monde des bibliothèques ses meilleurs voeux pour la nouvelle année.

Cependant que la Ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, se faisait dorer les gambettes sous le ciel de Maurice, cocktail en main tout en sifflotant l’air consacré de « Faites ce que je dis  mais pas ce que je fais », le Président de la BnF, toujours en quête effrénée d’un renouvellement de mandat, présentait ses siens de vœux à l’ensemble du personnel lors de l’annuelle galette des rois. Maniant comme jamais la langue de bois et appelant au courage de chacun dans l’effort, sans préciser bien sûr que ce chacun n’est pas tout le monde, surtout en haut lieu, et que le bénéfice de ces efforts ne sera surtout pas réparti équitablement parmi le personnel, Bruno Racine a promis dans un futur lointain des jours heureux, numériques et cinématographiques, puisque l’établissement est désormais en partie physiquement aliéné au sarkoziste et ex-gauchiste Marin Karmitz, directeur-fondateur de la chaîne commerciale MK2.

Sachant à l’avance que les agents de la Bibliothèque, ceux qui font tourner la boutique, n’auront surtout pas de galette pour les mois voire années à venir et que pour être rois, ils sont surtout ceux des imbéciles dans toute cette histoire d’austérité sacrificielle au seul profit de la Direction et d’un gouvernement à la botte du patronat, la FSU-BnF a décidé de publier en avant-première les VRAIS-FAUX VŒUX DU PRÉSIDENT RACINE durant ces agapes, le lundi 7 janvier dernier, les seuls où ce brave homme se permet de dire la vérité à ses administrés. Très bien reçus sur place par leurs destinataires au moment de leur tractage, nous vous les proposons comme suit :

bonjour à tous et à toutes,

Cela fait maintenant plusieurs années que nous nous retrouvons pour cette traditionnelle   présentation des vœux, et c’est à chaque fois pour moi un grand honneur et un immense plaisir.

Le plaisir tout d’abord de la rencontre bien sûr, de l’échange et du contact avec certaines catégories de personnel, mal connues de moi, et qui m’a-t-on dit s’obstinent à travailler caché, dans d’improbables locaux aveugles, loin de tout et de tous.

C’est aussi et surtout pour moi le plaisir, rare et savoureux, dans ce cadre convivial de vous annonce que le pire est à venir.

Car vous le savez, nous traversons une crise sans pareil. Mais au lieu de nous lamenter, nous devons voir cela comme une opportunité et un défi. Avoir d’autres ambitions, tels sont les vœux que je formule pour cette nouvelle année. Oui, 2013 doit être l’année du commencement de la fin !

Cela passe tout d’abord par une ambition renouvelée en matière de budget, qui devrait baisser de 0,8 %, soit 2,4 millions d’euros en moins. Imaginez, 4,4 millions d’euros d’économie à trouver ! N’avons-nous pas là, enfin, une merveilleuse occasion de mettre en péril le fonctionnement même de cette maison, voire, permettez-moi de rêver, sa raison d’être ? Car moins d’argent, cela veut dire moins de livres, mal conservés, des équipements peu entretenus, des locaux surveillés du coin de l’œil. C’est aussi moins de personnels, des vacataires encore un peu plus précarisés. Bien au-delà des 59 postes détruits cette année, je m’engage solennellement auprès de vous aujourd’hui à en supprimer 150 à l’horizon 2015 !

Bien évidemment, il nous faut être lucide, de telles mesures ne suffiront pas à elles seules à saper pleinement les fondements de cette institution. Pour que cette baisse de budget soit la plus efficace, il faut l’accompagner d’une gestion audacieuse et d’une absence totale de sens commun en matière d’investissement. A cet égard, la suppression du travelator de l’entrée Est [nb : c’est un énorme tapis roulant mécanique], qui ne gênait personne et ne présentait aucun caractère d’urgence, me paraît être une réussite absolue.

Dans ce combat, dont je mesure pleinement la difficulté, nous pouvons compter sur deux partenaires de choix : la novlangue managériale et le libéralisme assumé.

« L’optimisation des synergies innovantes », « l’ajustement à la cible », « la rationalité adaptative », « l’excellence durable », « les démarches qualités » … devraient nous aider à enjoliver tous les discours et à combler de leur pseudo modernité le vide de notre action.

Notre second allié, qui prend la forme entre autres de partenariats public-privé, est autrement plus efficace, en confiant des pans entiers de nos missions à des entreprises privées, dont les intérêts par essence diffèrent radicalement des nôtres, en permettant l’occupation de nos espaces à des fins marchandes, quand par ailleurs le manque de place se fait parfois cruellement ressentir.

Mes chers amis, à l’orée de cette nouvelle année, que j’espère riche en renoncements de toutes sortes, le rêve d’une bibliothèque, que dis-je, d’un établissement culturo-marchand polyvalent, enfin débarrassé de ses collections poussiéreuses et de son personnel, d’un établissement résolument tourné vers le nomadisme culturel et les effluves de popcorns, ce rêve, disais-je, est enfin à notre portée !

Qu’il me soit permis, pour conclure, de vous souhaiter à toutes et à tous, une excellente année.

Paris, le 7 janvier 2013

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1 commentaire

Classé dans Actualité & Information, Actualité dans les bibliothèques

Une réponse à “Vrais-faux vœux du sire Racine à ses sujets

  1. dédé

    Tract intersyndical ou VRAIS-FAUX VOEUX de la FSU ?

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