Missions et emplois sacrifiés : les « dé-missions » de la BnF

Le 17 juillet 2011, en plein festival d’Avignon, Martine Aubry, encore candidate aux élections présidentielles avait annoncé que si elle était élue le budget de la culture du nouveau gouvernement socialiste serait « augmenté de 30 % à 50 % ». Le 19 janvier 2012, le normalissime François Hollande s’engageait, lui, à « sanctuariser le budget de la culture ». Passé le « temps de l´amour, le temps des copains et de l´aventure » qui, comme on pouvait le craindre, ne « dure pas toujours » mais fait gagner des voix, ce budget a été abaissé de 4,3%. Le même président normal, interpellé céans peu de temps après son élection par la FSU quant à l’état de déshérence du service public et des missions dévolues à la BnF s’était montré déterminé à agir rapidement: force est de reconnaître qu’au bout de plusieurs mois, il n’en est rien et que si changement il y a, la dynamique est inversement proportionnelle aux promesses, le budget de la bibliothèque étant abaissé de 0,8%, la subvention de fonctionnement étant appelée à diminuer de 2 millions d’euros en 2013. Il n’est pas même nécessaire d’aller loin dans le détail pour trouver un exemple parlant s’il s’agit de convaincre de la poursuite d’une politique scientifique suicidaire puisque les budgets d’acquisition dégringolent sans vergogne de 18%, ou encore de dénoncer une nouvelle dépression sociale quand les fonds alloués au logement plafonnent à 400.000 euros quand il eût fallu les maintenir à 550.000 euros pour maintenir une offre suffisante à assurer des condition d’hébergement décentes pour nos collègues dont les salaires et le pouvoir d’achat continuent de fondre.

Le Conseil d’Administration du 21 novembre aura été l’occasion de prendre toute la mesure de la poursuite par la direction d’une politique qui, d’une main, met en coupe réglée les missions de la BnF et, d’une autre, maintient contre vents et marées – les invocations de « la crise » par la présidence sont à géométrie variable – la filiale « BnF Partenariat », cheval de Troie du marché des éditeurs/numériseurs et petit sanctuaire mercantile dont le capital, lui, ne saurait être affecté. C’est qu’il s’agit d’être pragmatique là où il y a encore quelques années, la morale publique interdisait aux gardiens du temple la pratique du Monopoly.

Les tenants d’un usage mercantile du numérique – Gallica dévoyée – occupent dorénavant la place qui avait longtemps été celle des partisans de la démocratisation culturelle et de l’émancipation. La discussion du budget de la Culture à l’Assemblée a été reléguée, celle concernant les industries culturelles a eu les honneurs d’une séance plénière ; à la BnF les conséquences de l’abaissement du budget et de l’effectif, leur incidence sur la vie des agents et le service public, sont à peine évoquées, la direction préférant se délecter de profits ayant pourtant fait long feu puisque sur les 7 millions d’euros destinés à financer les projets menés par la filiale pour le compte de partenaires privés, seuls 2 pourront être utilisés en 2012 faute de « clients ». Mais quand on veut avant tout montrer qu’on est « libéral », le plus important n’est-il pas de participer au boursicotage général ?

Les personnels, dont les conditions de travail continuent de se dégrader verront leur effectif abaissé de 59 postes – pour un total de 180 en 2015 – au moment où, du dire de responsables du service de médecine de prévention, la BnF est comparable à « une cocotte minute prête à exploser ». Bah, ne gâchons pas les fêtes galantes puisque nous venons d’inaugurer en grande pompe une belle exposition populaire et démocratique : «Les Rothschild en France au XIXe siècle ».

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1 commentaire

Classé dans Actualité & Information, Actualité dans les bibliothèques, SNAC-FSU, SNASUB-FSU

Une réponse à “Missions et emplois sacrifiés : les « dé-missions » de la BnF

  1. Math Paris 7

    Quelle excellente déclaration ! Bravo.
    Math Paris 7

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