Remise en cause insidieuse des métiers à la BnF

NOS MÉTIERS MENACES : HALTE A L’EXTERNALISATION !

Tract de la FSU-BnF, 15/03/2012

Nos métiers vidés de leur sens et de leur intérêt professionnel !

Quand nos postes ne sont pas détruits par la RGPP (Révision générale des politiques publiques) dès qu’un départ à la retraite ou qu’une mutation en fournit l’aubaine, ils sont attaqués dans leur définition même, vidés de leur sens et de leur intérêt professionnel, alors même que nous les occupons encore… Que nous les occupons de plein droit – faut-il le rappeler ? -, après y avoir été formés, y avoir développé compétences et expertise, et mis à leur profit tout ce que vingt ans de développement des techniques de l’information ont pu produire d’instruments nouveaux de recherche ou de veille …

Tout cela, tous nos savoir-faire, tout ce que nous savons être efficace et utile aux publics, se trouve soudain dévalorisé, sinon nié, au nom bien sûr des « évolutions nécessaires » et des « indispensables adaptations » si souvent invoquées qui, si l’on y regarde bien, concernent moins des technologies qu’une logique nouvelle dans le secteur public, celle du libéralisme économique, qui ne vise qu’à céder peu à peu au privé tout ce qui pourra l’être !

D’autres feront ce que nous faisons mieux que nous, plus vite et pour moins cher, et peu importe que l’usager y perde au passage… s’il veut plus, il n’aura, lui aussi, qu’à se faire client ! Cela s’appelle l’externalisation et si on n’a cru longtemps qu’elle ne menaçait qu’à la périphérie de nos missions, c’est bien au coeur même de celles-ci qu’elle s’en prend aujourd’hui.

Personne n’est épargné !

Après la dérivation de notices imposée aux gestionnaires de collections pour le catalogage des ouvrages étrangers, c’est à présent au tour des chargés de collections de s’entendre vanter les mérites des « acquisitions sur profil », un bien joli nom pour ce qu’on appelle plus prosaïquement « offices » en bibliothèques municipales… « L’office consiste en une présentation et un dépôt d’une sélection de titres par une librairie dans une bibliothèque.

Ce dépôt est examiné par les bibliothécaires acquéreurs qui sélectionnent au sein des titres ceux retenus pour l’achat, les titres refusés étant retournés aux libraires » écrit Adrienne Cazenobe dans un manuel professionnel récent (« Les collections en devenir », Cercle de la librairie, 2010), l’auteur ajoutant un peu plus loin : « il a été reproché à l’office de transférer de fait au libraire la responsabilité des acquisitions, puisqu’il effectue une présélection des titres soumis. »

En effet, et c’est bien là le fond du problème ! On pourrait même aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’un transfert pur et simple de compétences du personnel de la BnF vers des commerciaux, professionnels du livre, certes, mais dont les finalités marchandes semblent peu compatibles avec les critères scientifiques de sélection qui sont ceux des conservateurs et des bibliothécaires de l’établissement… Surtout quand il s’agit non de sympathiques petits libraires de quartier mais de grands groupes internationaux aux dents longues tels qu’Erasmus, Blackwell, Harrassowitz ou Casalini !

Le discours de la direction n’est pas crédible

La maîtrise des collections, c’est-à-dire du patrimoine que nous constituons jour après jour dans le respect des valeurs de l’humanisme et de l’encyclopédisme, risque de passer peu à peu entre des mains plus intéressées au profit privé qu’au développement de la recherche, qui ne s’en inquiéterait ? On tentera de nous rassurer en invoquant le contrôle que les acquéreurs conserveraient sur des listes dont ils auront défini préalablement le « profil » et sur lesquelles ils pourraient toujours intervenir…

Mais sans nous préciser, bien sûr, à quel niveau se situerait la marge de retours possibles : 5% plutôt que 25% ou 30% en tout état de cause ! Quant aux fameux « profils », toute personne ayant déjà pratiqué les « offices » en BM ou en BU sait bien que, même satisfaisants au début, ils ont une fâcheuse tendance à se déformer au fil du temps… Inutile d’ajouter que ces « petites imperfections » de la procédure auraient, à l’échelle de la BnF, des conséquences autrement plus graves que dans une BM !

Tout avait commencé très discrètement avec la commande faite par la direction des collections à un groupe-projet d’étudiants de l’Enssib de réfléchir à « l’opportunité et la faisabilité de l’externalisation des acquisitions et l’équipement de la Bnf » il y a quelques années, suivi il y a quelques mois d’une « Etude pour l’évolution de la chaîne d’acquisition », et nous voilà déjà entrés aujourd’hui en phase de « tests », plusieurs acquéreurs ayant été sollicités ces dernières semaines… des « tests » dont on ne doute pas qu’ils se révéleront « positifs », enclenchant sans doute rapidement une nouvelle phase dans la mise en oeuvre de ces procédures auxquels nous avons tous beaucoup à perdre, personnels comme usagers de la BnF.

L’idéologie du « partenariat total »

Cette politique s’inscrit dans un cadre idéologique plus large, auquel la direction donne le nom de « partenariat total », dont le but est, à moyen terme, d’externaliser toutes les fonctions et les métiers de la bibliothèque à des entreprises privées. C’est ainsi qu’il faut comprendre le dévoiement de Gallica par le versement de collections commerciales, la quasi cession d’espaces publics à MK2, la décision de créer la filiale « BnF partenariat », la politique complaisante à l’endroit des éditeurs tels qu’Elsevier, pourtant largement décriés dans le monde scientifique, ou encore l’attentisme alarmant manifesté à l’endroit de la société Jouve.

Nous devons agir !

Manifestement, la direction veut aller vite et il ne faut pas tarder à réagir ! La première étape est de commencer à débattre entre nous, entre nous tous, car à travers ces questions c’est l’avenir même de l’établissement et de ses orientations qui est en cause, ce qui intéresse a priori toutes les catégories de personnels. C’est pourquoi, nous vous invitons à une heure d’information syndicale sur ce thème de l’avenir de nos métiers. Venez nombreux !

Heure mensuelle d’information syndicale

(Décret n°82-447 du 28 mai 1982)

A destination des tous les personnels de la BnF

Le jeudi 22 mars 12h30-13h30

Locaux syndicaux, bandeau sud niveau A2

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