Le couac de la numérisation à la BnF

LA SECTION FSU DE LA BnF COMMUNIQUE

LE COUAC DE LA NUMERISATION A LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE

La publication d’un article intitulé «Numérisation à la BnF dégradations, retards et scandales» le 2 février sur le site ActuaLitté.com pose de manière pertinente plusieurs questions liées la réalisation par la société Jouve d’un marché public de numérisation de masse de livres conservés à Bibliothèque nationale de France pour un montant de 6 millions d’euros.

Collections patrimoniales dégradées

De très nombreux ouvrages ont été dégradés lors des opérations de numérisation réalisées par la société Jouve. Les photographies révélées la semaine dernière par Actualitté.com sont éloquentes. Cependant, cette situation était connue de longue date de la direction de la BnF, et particulièrement de la Direction des Services et des Réseaux (DSR), qui avait été alertée à de nombreuses reprises dès l’été 2011.

Selon nos informations, ces dégradations ont été rendues possibles par le fait que la société Jouve n’est équipée que d’un seul scanner à ouverture réduite. Seul ce type de matériel permet de numériser des ouvrages fragiles ne s’ouvrant pas facilement ou complètement. Incapable de faire face à la volumétrie des collections à traiter, la société Jouve aurait-elle pris la décision de numériser une partie de ces ouvrages sensibles avec un scanner normal ?

Cette situation n’est pas acceptable dans la mesure où, selon les termes de l’article 87 du code des marchés publics, 600 000 euros d’avance ont été consentis à la société afin qu’elle puisse s’équiper de manière à répondre au cahier des charges.

Moins de 0,5% des fichiers numériques livrés

A cela s’ajoute le fait que la société Jouve n’a pas été en mesure de livrer plus de 0,5% des fichiers numériques qu’elle devait fournir selon les termes du marché. Et parmi la faible quantité livrée, aucun ne satisfait au critère de qualité de Gallica. Cette incapacité à faire face aux flux de documents était encore connue. Mais pourquoi, alors que l’ensemble des indicateurs étaient au rouge depuis le début de la phase de test, cette dernière a été validée par la direction de la BnF de manière incompréhensible le 10 octobre 2011 ?

Selon nos informations, la situation s’est encore dégradée depuis la publication de l’article puisque la société Jouve ne parvient même plus à réaliser les opérations de prises de vues et renvoie les lots d’ouvrages livrés par la BnF sans les traiter ! Le travail des collègues en charge de ce marché au sein de la Bibliothèque s’en trouve fortement alourdi et compliqué. Cela est très coûteux pour l’établissement.

Aujourd’hui, la section FSU de la BnF est en mesure d’affirmer que la numérisation est en échec à la BnF.

Un problème politique

Avoir validé ce marché dans ces conditions relève manifestement de considérations politiques étrangères à la conservation et la valorisation des collections conservées par la Bibliothèque nationale de France. Elles sont d’autant plus inquiétantes que Jouve, en plus d’être prestataire de la BnF, est aussi son généreux mécène.

Au-delà, n’est-il pas évident aussi que, dans le cadre du Grand emprunt et de l’Appel à partenariat, pour lesquels il a été créé une filiale privée appelée « BnF partenariat », la direction de la Bibliothèque souhaite ménager certains acteurs du marché du livre qui, comme Jouve, occupent une place importante ?

Les réponses lénifiantes apportées par la direction de la BnF aux questions des journalistes ne laissent pas d’interroger.

Comment, en effet, nier la réalité d’un dérapage généralisé et renouveler sa confiance à Jouve quand ce dernier continue de saccager les livres fragiles qui lui sont confiés et n’a, de surcroît, traité que moins de 0,5% du total du marché de numérisation ? Comment prendre la responsabilité de priver des milliers de lecteurs de l’accès à ces ouvrages devenus inconsultables ?

Comment, enfin, avoir omis d’informer le Ministère de faits aussi graves, puisque c’est le Centre Nationale du Livre, qui finance de cette opération. Au lieu de répondre à ces interrogations, qui posent de manière aiguë la question du bon exercice des missions fondamentales dévolues à l’établissement, la direction de la BnF a préféré se livrer, au lendemain de la publication de l’article, à une enquête interne visant à débusquer les sources des journalistes.

La FSU appelle la direction de l’établissement à se ressaisir et à clarifier une situation qui crée un profond malaise chez les personnels, établir les responsabilités d’une telle gabegie et dénoncer sans délais le marché conclu avec la société Jouve. A cet effet, elle s’adressera dans les jours qui viennent au Président Bruno Racine.

Paris, le 7 février 2012

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Classé dans Actualité & Information, Actualité dans les bibliothèques

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