BPI, le management «moderne» : maltraitance, mensonge et démotivation

Le management «moderne» : maltraitance, mensonge et démotivation

FSU Culture le 12/11/2011

Souffrance en France de Christophe Dejours abordait en 1998 la question de la souffrance de ceux qu’un « nouveau management » contraignait de travailler à rebours de ce qui avait été l’identité de leur métier, en abandonnant les gestes et la morale qui le caractérisaient. La réorganisation mise en œuvre à la Bibliothèque publique d’information montre comment un pilotage managérial solitaire avec navigation à vue et revirements, pouvant aller jusqu’à la mise au placard de ceux qui n’avaient fait qu’exécuter la politique de la direction antérieure, est créateur de souffrance individuelle pour
mieux détruire des collectifs de travail.

Un vaste mouvement, concernant 240 personnes dans un établissement public – où chacun des agents doit postuler sur un poste, fut-il le sien – s’effectue sans aucune garantie formelle, hors de toute instance paritaire, sous la seule autorité d’une commission d’affectation présidée par le directeur qui refuse tout contrôle de la régularité des procédures.

Des personnes «pressenties» directeur ou chef de service «prennent des contacts» pour constituer leurs équipes bien avant d’être nommées. D’autres «conseillent» à des agents sur lesquels ils ont autorité de postuler sur un poste censé leur convenir bien mieux que celui pour lequel ils s’étaient manifestés, en leur laissant entendre que de toute façon, ils n’en obtiendront pas d’autre. Des collègues compétents sont écartés de postes de responsabilités auxquels ils pouvaient légitimement aspirer. On leur fait comprendre qu’ils seraient déphasés face aux nouveaux besoins, qu’ils doivent laisser la place à la jeune génération malgré la réforme des retraites. Des collègues qui avaient ouvertement critiqué le projet sont exclus des postes d’encadrants alors même que 71% des 70 % de participants à la consultation organisée par l’Intersyndicale avaient répondu «non» à la question « avez-vous confiance dans ce projet pour faire émerger une bibliothèque améliorée ? ». D’autres qui seront en retraite au moment où le nouvel organigramme sera mis en place, sont incités par leur hiérarchie à postuler, car pour dissimuler l’absence de candidatures qu’auraient pu susciter certains postes, on ne recule devant rien !

Dans une profession à 75 % féminine, on assiste au retour d’une répartition conventionnelle des rôles sexués : toutes les «délégations» (3) à des femmes, 8 « directions » sur 10 à des hommes, soit 5 femmes sur 13 en intégrant les déléguées à la direction et 2 femmes sur 10 si on prend la direction au sens strict.

Entre la parole officielle et le «off», le double langage est permanent.

Dans la mise en place du nouvel organigramme, dans le contenu du projet d’établissement et dans la relation aux usagers, l’information interne a fait place à la «com» et à sa langue de bois.

Impossible pour les collègues sans mensonge, malaise, mal être, voire souffrance, de se faire auprès du public quotidiennement le relais d’un discours visant à camoufler la dégradation du
service offert, alors qu’ils sont dans le même temps mis dans l’incapacité d’oeuvrer à y remédier. Plus le management demande aux personnels de s’impliquer dans « le projet d’établissement »
moins il leur permet –ce qui était la force de la première Bpi- de faire corps avec l’établissement, ses missions et leur mise en oeuvre quotidienne, puisque ce management détruit tous les facteurs de l’implication réelle : le respect des personnes, leur participation à l’élaboration collective de réponses aux questions que soulève l’activité elle-même, la coopération, l’autonomie relative de
l’activité, la transparence des objectifs et des procédures.

Contre ces pratiques il n’y a qu’une parade : la parole. Ne restez pas seuls. Racontez. La publicité faite à ces agissements permet de les replacer dans leur contexte : des souffrances individuelles conséquences d’un management sauvage au service de politiques d’austérité.

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Classé dans Actualité & Information, Actualité dans les bibliothèques, Hygiène et sécurité, SNAC-FSU

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