Travailler plus pour gagner moins…

Des solutions alternatives…

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a remis en janvier 2010 son rapport au gouvernement. Il a évoqué deux pistes très différentes du système actuel. Il s’agit du remplacement de tous les régimes de retraite qu’ils soient de base ou complémentaire par un régime par points ou par comptes notionnels. Dans le système par points, les cotisations sont transformées en points. Au moment du départ à la retraite, ces points seront transformés en pension. Pour assurer l’équilibre financier du système, la caisse joue sur la différence de valeur du point entre le « point acheté » au moment du versement des cotisations et le point « vendu » au moment du départ en retraite. La technique des « comptes notionnels » prévoit de calculer le rapport d’un capital virtuel alimenté par les cotisations qui tient compte, à la liquidation de la pension, de l’espérance de vie suivant la logique des assurances privées.

… à refuser

Les deux systèmes changeraient le sens de la retraite par répartition en ne garantissant plus un taux de remplacement, en calculant la pension sur l’intégralité de la carrière, en mettant à mal la solidarité intergénérationnelle et en brisant les règles collectives de départ en retraite. Ils laisseraient les salariés devant une seule alternative : vous voulez une bonne retraite alors travaillez plus longtemps, vous voulez partir plus tôt, alors votre pension sera plus faible ! La FSU refuse absolument ces deux solutions.

Le gouvernement annonce un déficit…

Le déficit des régimes de retraites atteindrait 100 millions par an en 2050 en l’absence de réforme, révèle François FILLON. Il estime qu’il faudra travailler plus longtemps, revoir la façon dont sont calculées les pensions et ne pas faire de la pénibilité le point central du débat ; la question du calcul de la pension sur les 6 derniers mois de salaire dans la Fonction publique se pose évidemment ajoute-t-il… Il laisse également sous-entendre qu’il faudra aussi augmenter l’âge légal fixé à 60 ans depuis 1982 ; une hausse des cotisations n’est pas exclue, la question sera posée mais elle devrait avoir lieu à prélèvements constants, c’est-à-dire en baissant les cotisations chômage (!) quand l’équilibre financier de l’assurance chômage le permettra…

Pourtant, les moyens de financement existent

Comment dire que la France ne peut plus financer les retraites alors que, en 10 ans, les 500 plus grosses fortunes françaises se sont enrichies de 160 milliards d’euros ; que selon la Cour des Comptes, 25 milliards d’exonérations de cotisations sociales ne servent pas à l’emploi ; qu’en 20 ans la part des cotisations patronales est passée de 40 % à 15 %, que le coût fiscal pour la France des paradis fiscaux est d’au moins 50 milliards ; que 4 millions de chômeurs représentent une perte de cotisations de plus de 40 milliards d’euros ; qu’élargir l’assiette des cotisations aux revenus financiers des entreprises rapporterait 20 milliards ; sans parler du stress au travail qui coûte plusieurs dizaines de milliards d’euros à notre pays. Voilà de quoi payer 3 à 4 fois le coût des retraites !

Salaires et profits

S’il est vrai qu’au début des années 1960, la part des richesses servant à payer les retraites était de 5,6 %, elle est passée à plus de 13 % en 2007 mais ce sont les gains de productivité du travail qui l’ont permis sans que l’économie en souffre. De 1960 à 2008, la productivité horaire du travail, combinée aux avancées technologiques, a augmenté de 70 % mais la part des salaires dans la valeur ajoutée des sociétés non financières a diminué de 8.8%. Par contre, la part des profits a augmenté exactement de ce même montant : 8,8 %. Et à l’intérieur de cette part, celle consacrée au versement de dividendes aux actionnaires est passée de 3,1 % à 8,4 %. Il s’agit bien d’une accentuation de l’extorsion de plus-values par les détenteurs du capital sur le dos des travailleurs.

Pour le rétablissement des droits

Pour le SNASUB, pour la FSU, il est possible et utile de rétablir une retraite complète à l’âge de 60 ans après 37,5 annuités de cotisations ; ils sont en complet désaccord avec les hypothèses avancées le 24 mars 2010 par le COR : allongement de la durée de cotisations pouvant aller à 45 annuités, report de l’âge d’ouverture des droits de 60 à 63 ans voire 65 ans, passage de 65 à 70 ans pour le taux plein ! Bienvenues les propositions du COR qui feraient passer les futures propositions du gouvernement pour des concessions favorables !

La démographie

Le Gouvernement dramatise les enjeux et agite le chiffon rouge du « choc démographique ». Deux facteurs expliquent l’augmentation du nombre des retraites : l’allongement de la durée de vie et l’arrivée à l’âge de la retraite de la génération née entre 1946 et 1976 : les derniers nés de cette génération arriveraient à l’âge de la retraite entre 2036 et 2040. Ensuite le nombre de retraités diminuera. Nicolas SARKOZY affirme que l’allongement de la durée de la vie est d’un trimestre par an quand l’INSEE et le COR nous disent qu’il est de 0,4 trimestre par an. De même les prévisions d’un taux de fécondité à 1,7 enfant par femme sont contestées par de nombreux chercheurs qui affirment qu’il est plus probable qu’il soit de 2 enfants par femme. Au total, la prévision d’un effondrement de 2,2 millions de personnes est une construction assez fantaisiste qui n’a d’autre but que de masquer les réels enjeux du débat à savoir la répartition des richesses et d’imposer le recul de l’âge de la retraite ainsi que l’allongement de la durée des cotisations. Au passage, notons que la FSU est pour réfléchir à l’augmentation progressive des cotisations qui, dans le cadre d’une politique favorable à l’emploi et aux salaires, pourrait conduire à l’équilibre des régimes.

La part des salaires diminue, il faut une autre répartition des richesses

Nous disons aussi que l’argent existe : l’augmentation du nombre de retraités doit en effet être mise en relation avec l’augmentation du PIB, qui entre 1,5 % et 1,7 %, aura doublé en 50 ans. Nous touchons là le coeur du problème : depuis 20 ans la part des richesses produites redistribuée aux salariés a baissé de 10 points quand la productivité a augmenté de 50 %. En imposant une autre répartition des richesses, il est possible de maintenir et de développer notre régime de retraite par répartition dans le cadre des 37,5 annuités et d’un départ à 60 ans et d’un calcul de la pension sur les 6 derniers mois.

C’est le mandat de la FSU. Il suffirait pour cela d’ici 2050 d’augmenter de 6 points la part du PIB allouée aux retraites. Et dès maintenant une hausse de 1% des salaires suffirait à dégager tous les ans 1 milliard d’euros pour les retraites ; 100 000 chômeurs en moins c’est 1,5 milliards en plus pour leur financement. Enfin 30 milliards d’euros pourraient être dégagés en revenant sur les exonérations des charges consenties au patronat. Qui peut croire que cet accroissement ne serait pas soutenable, que l’économie de la France ne pourrait y parvenir ? On peut rappeler qu’un point de PIB correspond aujourd’hui à 10 % des dividendes versés aux actionnaires des sociétés non financières. C’est évidemment un choix de société qu’il s’agit de faire au moment où la proportion des retraités dans la population s’accroît. Nous récusons les choix du gouvernement d’équilibrer le système des retraites par l’allongement progressif de la durée des cotisations requises pour avoir droit à une retraite à taux plein ; cette fausse alternative : « soit on augmente la durée de cotisation, soit on baisse le niveau des pensions » s’est traduite par, à la fois, l’allongement et la baisse des pensions ; pour le secteur privé, perte de 0,3 % par an , pour les fonctionnaires perte de 0,50 % par an ; le taux de remplacement moyen – c’est-à-dire le niveau de la retraite par rapport au salaire est aujourd’hui de 72 % ; il devrait passer à 65 % en 2020 et à 59 % en 2050 : ces mesures ont aggravé les inégalités en particulier pour les femmes qui ont déjà des pensions en moyenne inférieures de 40 % à celles des hommes.

Lutter

La lutte pour nos retraites va être très rude. Il va falloir gagner la bataille de l’opinion en démontrant que l’on peut procéder autrement et mettre en débat la question du régime de retraite unique pour les salariés du public et du privé. Alors que les salaires ne sont plus alignés sur les prix, les retraites ne sont plus alignées sur les salaires et elles subissent de plus en plus fort les effets de la décote qui touche de plus en plus de collègues : 19,5 % en 2006, 27,08 % en 2008, pour un taux moyen qui atteint 1,77 % de la pension liquidée.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Actualité & Information, Actualité dans les bibliothèques, Bulletin d'information syndical, Convergences "bibliothèques"

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s