Quel projet culturel pour la BNF ?


Deux ans

Deux ans après avoir été lancée, la réforme du Haut-de-Jardin connaît une nouvelle étape avec l’arrivée du programmiste. Certes, nous pouvons nous féliciter qu’il ne reste plus grand-chose, à ce stade, des trois scénarios de départ (cf. Droit au Chapitre n°34  p.2).

Les hypothèses les plus loufoques privilégiant la «dématérialisation du savoir» et prônant le «nomadisme culturel » ont vite été abandonnées et nous avons pu imposer le maintien de la configuration actuelle d’un Haut-de-Jardin lié organiquement au Rez-de-jardin, le tout formant une seule et même bibliothèque. Toutefois, certaines inquiétudes demeurent, relatives, précisément, à l’impact du projet de la société ABCD sur la volumétrie des collections de libre accès. En effet, la suppression d’épis, réalisée au nom de la sacro-sainte «mise en espaces», s’y traduirait mécaniquement par une réduction de l’offre documentaire qui, même bien inférieure à celle envisagée il y a encore quelques mois par la direction, ne manquerait pas, si elle se situait trop largement au-dessus des taux de désherbage régulier, d’en affecter les équilibres et la qualité. Répétons-le : aucune réflexion sur l’avenir de l’établissement et de ses collections ne peut avoir pour préalable un appauvrissement de celles-ci, le débat et l’échange professionnel devant
nécessairement précéder et accompagner toute évolution des politiques documentaires !

Aveuglement

Deux ans d’un débat qui fut parfois très vif, ladirection hésitant en permanence entre la rétention d’informations et une politique du fait accompli : «Vous n’y couperez pas », « Les autres font pareil », «C’est dans l’air du temps »… Débat qui a mis en évidence que nos stratèges bibliothéconomiques agissaient en réalité sans méthode : primat de la demande à l’encontre des notions élémentaires de politique documentaire, absence d’analyse de la carte du même nom, approche purement statistique déconnectée des missions, etc.

Et force est de constater qu’il y a encore beaucoup d’effort à faire en ce sens, comme en témoigne la mise en place des « centres de ressources », décidée dans une totale ignorance de l’environnement documentaire le plus immédiat ; «Centres de ressources » qui, au même titre que l’absurde projet de classement des ouvrages par «niveaux » de contenu, participent d’une logique de fractionnement accru des collections, dont la lisibilité et l’accessibilité, à l’inverse même des objectifs revendiqués, s’avérera de plus en plus difficile pour le lecteur…

Avaient-ils d’autres choix que de tenter de passer en force tant leurs propositions entraient en contradiction avec les réalités élémentaires de nos métiers ? Etait-il surprenant, dans ces conditions, qu’ils rencontrent une opposition massive de l’ensemble du personnel, y compris au sein de leur propre encadrement ?

Concertation tardive et précipitée

Il aura fallu batailler longuement pour que la direction consente à ouvrir le débat. Acte 1 : après le Conseil scientifique du 9 mars et à l’occasion du CTP du 17, la FSU obtient à force d’arguments qu’un moratoire soit appliqué quant à toute réduction de l’offre documentaire, considérant que l’on ne pouvait débattre quand des coupes sombres étaient opérées dans nos collections. Acte 2 : le 12 avril, l’intersyndicale impose qu’une concertation des collègues soit organisée. Acte 3 : la direction organise des réunions dans la plus grande précipitation – le programmiste rendait ses conclusions le 15 mai ! – auxquelles ne sont convoqués que les acquéreurs, ce qui ne devrait être qu’un premier pas vers une consultation avec TOUS les personnels intéressés au service public en Haut de jardin.

Et maintenant ?

Le « Labo® » illustre parfaitement l’orientation que l’on veut nous imposer. Son objectif, selon le président Racine est de nous « montrer qu’il ne [faut]pas appréhender l’avenir mais l’apprivoiser ». Tout un programme… Décidément, la rengaine de l’hypermodernité nous sera seriné ad nauseam. Et quoi de mieux pour nous aider à ne pas avoir peur de l’avenir que de s’entourer de brillants mécènes avec Orange et les pneus Bridgestone ? Tout comme le centre de ressource en développement durable du Département Sciences et Techniques qui, vous ne rêvez pas, sera financé par…Véolia !

Nos pistes de réflexions

Nous pensons que nos missions de service public ne sauraient se satisfaire de ces gadgets et qu’il serait plus urgent de réfléchir à quelques questions cruciales : Quelle politique en direction des publics jeunes ? Et avec quelles médiations dotées de vrais moyens ? Quelles modifications de notre politique documentaire pour prendre en compte les évolutions des cursus universitaires (avec notamment une réflexion sur les conséquences de l’accréditation automatique des M1 en rez-de-jardin décidé assez cavalièrement par la DCO [Direction des Collections]) ? Quelle politique de gratuité ? Quelle politique de gestion des espaces publics dans le cadre d’un marché de surveillance revu autoritairement à la baisse ? Ces questions nous sommes prêts à les aborder dans le strict respect des missions de service public de l’établissement, de son indépendance, et dans le cadre d’une politique culturelle et scientifique encyclopédique, universaliste et humaniste.

Car le discours hypermoderne et les gadgets branchés de la direction ne servent qu’à masquer la politique de la RGPP qui, en réduisant toujours plus les moyens et les ambitions du service public, et en en détournant le sens au profit de la marchandisation ambiante, menace plus sérieusement que jamais son existence.

(article extrait de Droit au Chapitre n°37, juin 2010, p. 2-3)

Quel projet culturel pour la BnF ?

Deux ans

Deux ans après avoir été lancée, la réforme du Haut-
de-Jardin connaît une nouvelle étape avec l’arrivée
du programmiste. Certes, nous pouvons nous féliciter
qu’il ne reste plus grand-chose, à ce stade, des trois
scénarios de départ (cf. Droit au Chapitre n° p.2).
34,

Les hypothèses les plus loufoques privilégiant la
«dématérialisation du savoir» et prônant le
«nomadisme culturel » ont vite été abandonnées et
nous avons pu imposer le maintien de la
configuration actuelle d’un Haut-de-Jardin lié
organiquement au Rez-de-jardin, le tout formant une
seule et même bibliothèque. Toutefois, certaines
inquiétudes demeurent, relatives, précisément, à
l’impact du projet de la société ABCD sur la
volumétrie des collections de libre accès. En effet, la
suppression d’épis, réalisée au nom de la sacro-
sainte
«mise
en
espaces»,
s’y
traduirait
mécaniquement par une réduction de l’offre
documentaire qui, même bien inférieure à celle
envisagée il y a encore quelques mois par la
direction, ne manquerait pas, si elle se situait trop
largement au-dessus des taux de désherbage
régulier, d’en affecter les équilibres et la qualité.
Répétons-le : aucune réflexion sur l’avenir de
l’établissement et de ses collections ne peut avoir
pour préalable un appauvrissement de celles-ci, le
débat
et
l’échange
professionnel
devant
nécessairement précéder et accompagner toute
évolution des politiques documentaires !

Aveuglement

Deux ans d’un débat qui fut parfois très vif, la
direction hésitant en permanence entre la rétention
d’informations et une politique du fait accompli :
«vous n’y couperez pas », « les autres font pareil »,
«c’est dans l’air du temps »… Débat qui a mis en
évidence que nos stratèges bibliothéconomiques
agissaient en réalité sans méthode : primat de la
demande à l’encontre des notions élémentaires de
politique documentaire, absence d’analyse de la
carte du même nom, approche purement statistique
déconnectée des missions, etc.

Et force est de constater qu’il y a encore beaucoup
d’effort à faire en ce sens, comme en témoigne la
mise en place des « centres de ressources »,
décidée
dans
une
totale
ignorance
de
l’environnement documentaire le plus immédiat ;
«Centres de ressources » qui, au même titre que
l’absurde projet de classement des ouvrages par
«niveaux » de contenu, participent d’une logique de
fractionnement accru des collections, dont la lisibilité
et l’accessibilité, à l’inverse même des objectifs
revendiqués, s’avérera de plus en plus difficile pour
le lecteur…

Avaient-ils d’autres choix que de tenter de passer en
force tant leurs propositions entraient en

contradiction avec les réalités élémentaires de nos
métiers ? Etait-il surprenant, dans ces conditions,
qu’ils rencontrent une opposition massive de
l’ensemble du personnel, y compris au sein de leur
propre encadrement ?

Concertation tardive et précipitée

Il aura fallu batailler longuement pour que la direction
consente à ouvrir le débat. Acte 1 : après le Conseil
scientifique du 9 mars et à l’occasion du CTP du 17,
la FSU obtient à force d’arguments qu’un moratoire
soit appliqué quant à toute réduction de l’offre
documentaire, considérant que l’on ne pouvait
débattre quand des coupes sombres étaient opérées
dans nos collections. Acte 2 : le 12 avril,
l’intersyndicale impose qu’une concertation des
collègues soit organisée. Acte 3 : la direction
organise des réunions dans la plus grande
précipitation – le programmiste rendait ses
conclusions le 15 mai ! – auxquelles ne sont
convoqués que les acquéreurs, ce qui ne devrait être
qu’un premier pas vers une consultation avec TOUS
les personnels intéressés au service public en Haut
de jardin.

Et maintenant ?

Le « Labo » illustre parfaitement l’orientation que l’on
veut nous imposer. Son objectif, selon le président
Racine est de nous « montrer qu’il ne [faut] pas
appréhender l’avenir mais l’apprivoiser ». Tout un
programme… Décidément, la rengaine de l’hyper
modernité nous sera seriné ad nauseam. Et quoi de
mieux pour nous aider à ne pas avoir peur de l’avenir
que de s’entourer de brillants mécènes avec Orange
et les pneus Bridgestone ? Tout comme le centre de
ressource
en
développement
durable
du
Département Sciences et Techniques qui, vous ne
rêvez pas, sera financé par…Véolia !

Nos pistes de réflexions

Nous pensons que nos missions de service public ne
sauraient se satisfaire de ces gadgets et qu’il serait
plus urgent de réfléchir à quelques questions
cruciales : Quelle politique en direction des publics
jeunes ? Et avec quelles médiations dotées de vrais
moyens ? Quelles modifications de notre politique
documentaire pour prendre en compte les évolutions
des cursus universitaires (avec notamment une
réflexion sur les conséquences de l’accréditation
automatique des M1 en rez-de-jardin décidé assez
cavalièrement par la DCO) ? Quelle politique de
gratuité ? Quelle politique de gestion des espaces
publics dans le cadre d’un marché de surveillance
revu autoritairement à la baisse ? Ces questions
nous sommes prêts à les aborder dans le strict
respect des missions de service public de
l’établissement, de son indépendance, et dans le
cadre d’une politique culturelle et scientifique
encyclopédique, universaliste et humaniste.

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