Sur les blocages, un texte de Jérôme Valluy (Paris I)

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Une réponse à “Sur les blocages, un texte de Jérôme Valluy (Paris I)

  1. Bibliothécaire

    Droit de réponse de M. Christophe Ramaux.

    Blocages mortifères (la suite…)
    Christophe Ramaux

    Quelques remarques suite aux courriers envoyés par J. Valluy

    Selon J. Valluy, ma position serait (je cite) « réactionnaire », « séduisante pour les pouvoirs en place (le gouvernement, les présidences d’université…) », « niaiserie pitoyable », « entreprise de casse symbolique et politique de la même nature [anda !] que l’appel aux forces de l’ordre ». Dans les courriers suivants, J. Valluy évoque (le mot est enfin lâché !) le « syndicalisme jaune », « la trahison […] ainsi que l’activisme « jaune » de Ramaux particulièrement ignobles ». Ayant passé le stade d’être terrorisé par ce genre d’invectives, je n’y répondrais, tout simplement, pas (je laisse le lecteur juge de la hauteur de vue de son auteur…).
    J’en profite néanmoins pour insister sur quelques points :
    1/ Preuve que les questions que je pose ne « tombent pas du ciel », l’Intersyndicale des enseignants et BIATIOS a adopté le 26 novembre un Appel où elle se prononce clairement pour la levée du blocage (cf. ci-dessous). Cet appel (ce n’est pas si fréquent !) a été signé par l’ensemble des organisations syndicales (enseignants et BIATOS) de Paris I. L’AG des personnels du 20 novembre (une cinquantaine de personnes seulement soit dit en passant ce qui devrait nous inciter à réfléchir) a, de même, proposé une formule de lutte qui passe très clairement par la levée du blocage (cf. ci-dessous) (et cela dans une motion – c’est à avaler un clown… triste – votée par … J. Valluy lui-même !)
    2/ Je rappelle que la position que j’ai prise – tribune du Monde et version initiale de celle-ci reproduite ci-dessous – n’engage pas la CGT (dont je suis membre). Cela a toujours été très clair.
    3/ La situation à Paris 1 (et dans de très nombreuses universités) est totalement « pourrie » par la question du blocage prolongé (les étudiants et le personnel ne parlent que du blocage et non du fond, etc.). Qui peut honnêtement, sereinement, loin des effets de manche, nier cela ?
    4/ Les cortèges étudiants de Paris I, aux manifs tenues jusqu’alors, ont été successivement de 200-300 personnes puis 50 personnes. Qui peut s’en satisfaire ? (les cortèges de Tolbiac contre le CPE étaient déjà fort riquiqui soit dit en passant… triste bilan décidément pour « Tolbiac la rouge ») ;
    5/ Le blocage prolongé – couplé à la fermeture administrative de la fac – conduit à une fac « fantôme », sans débats de fonds, et c’est bien là le problème…
    6/ Les mouvements étudiants ou lycéens ont toujours été synonymes de joyeux bordels. Certes. Mais entre le joyeux bordel et l’animosité actuelle il y a un pas… qu’aucune raison (les « temps sont plus durs » – merci Pasqua et Malik Oussekine – etc.) n’excuse. Bref, il faut savoir balayer devant sa propre porte si l’on souhaite ne pas renouveler éternellement les mêmes erreurs. S’il ne faut retenir qu’une seule leçon de Lénine, autant que ce soit celle-ci : le gauchisme – et sa « gonflette »… tellement transparente parfois – a toujours été l’ennemi de la transformation sociale.
    7/ Reste une dernière question pas très simple : l’écrasante majorité des enseignants (y compris ceux en lutte… et nous ne sommes pas si nombreux à Paris I) sont contre le blocage. Faut-il le dire aux étudiants « en lutte » ? Certains pensent que non, au nom d’un argument parfaitement recevable : ne pas apparaître comme « donneurs de leçons » (sachant toute la charge de pouvoir symbolique qu’à l’universitaire vis-à-vis de « ses » étudiants, etc.). L’expérience (je ne parle pas des connaissances), c’est ce qui fait le drame mais aussi le charme de la condition humaine, ne se transmet pas (ou guère). C’est aux étudiants de faire « leur » expérience. Mais inversement : n’est-ce pas mépriser autrui (en l’infantilisant) que de ne pas lui dire ce qu’on pense (y compris de ses actions) ? Entre la « leçon » et le mépris (mêlé de feinte culpabilité), le chemin est souvent étroit. J’en conviens. Mais c’est ce chemin, me semble-t-il, que nous devons prendre si du moins nous souhaitons faire un bout de chemin « tous ensemble »…
    Bien amicalement

    Extraits de l’Appel de l’Intersyndicale des enseignants et BIATOS de Paris I
    « Depuis plusieurs semaines, un mouvement est engagé contre cette loi. A Paris I, et plus particulièrement au centre Pierre Mendès-France, le mouvement a pris la forme du « blocage ». Cette forme d’action pose problème. Avec elle, le débat ne porte plus sur le fond (en l’occurrence le contenu de la loi LRU), mais sur la forme d’action (« blocage » ou non). Au blocage, répond la fermeture administrative que nous condamnons. L’un et l’autre aboutissent à la situation d’un centre « fantôme », où les étudiants ne viennent plus et où, en conséquence, le débat de fond n’a pas lieu. Nous avons la conviction qu’un mouvement social doit parier sur l’intelligence de ses arguments et le respect de la démocratie. Le climat actuel est particulièrement grave à PMF à tous les niveaux, y compris pour le mouvement contre la loi LRU.
    Nous proposons, pour sortir par le haut de cette situation, le protocole suivant :
    – les étudiants, lorsqu’ils sont en lutte, doivent pouvoir disposer d’un amphithéâtre et de salles pour tenir leurs réunions et leurs Assemblée Générales ;
    – lorsque la grève est votée puis reconduite démocratiquement en Assemblée Générale, elle ne doit plus s’accompagner d’un blocage, au risque sinon de conduire à des mouvements ultra-minoritaires, en lieu et place de mouvements à vocation majoritaire qui parient sur la force des arguments ;
    – les étudiants en grève doivent pouvoir intervenir avant chaque Cours et TD, lorsque ceux-ci se tiennent, afin de présenter leurs arguments en faveur de la grève. Et nous demandons à nos collègues à s’engager à ne pas assurer leurs cours ou TD lorsqu’une majorité de leurs étudiants décide de se mettre en grève ;
    – nous demandons enfin à nos collègues et à la Présidence de l’Université, afin d’apaiser les tensions, de s’engager à trouver des aménagements pour les examens ».

    Signé par : AI – UNSA ; CGT enseignants ; CGT BIATOS ; SGEN-CFDT ; SNASUB ; SNESUP-FSU ; SNCS-FSU ; SNPTES – UNSA.

    Extraits de la motion votée en AG du personnel (le 30/11/07)
    « L’AG des personnels propose à l’Ag des étudiants qui se tiendra ce jour de déclarer les journées des 3, 4 et 5 décembre journées de débat : – nous demandons à chaque enseignant d’animer avec les étudiants dans chaque TD et chaque cours, après vote des étudiants, des débats sur la loi LRU ; – nous demandons que le créneau horaire de 12h-14h soit banalisé pour que puissent se tenir des débats, etc. ».

    Blocage mortifère dans les Universités
    (version initiale du papier publié – en version courte… que j’assume néanmoins entièrement – dans Le Monde du 29/11)

    Il ya bien des raisons de s’opposer à la Loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU). L’enseignement supérieur français marche sur la tête. Les enfants les plus dotés – par l’argent ou le capital culturel de leurs parents – se dirigent vers de Grandes Ecoles malthusiennes… sans guère de passerelles vers la recherche. Ceux qui y échouent se rabattent souvent vers les filières professionnelle courtes, les IUT, et en ferment l’accès à ceux qui, par défaut, se tournent donc vers l’Université. Celle-ci accueillait moins de 5 % d’une classe d’âge, fort peu populaire donc, dans les années 1960. Elle en accueille aujourd’hui plus d’un quart (un autre quart étant dans les autres filières du supérieur). Mais son organisation n’a guère été modifiée : elle est essentiellement structurée pour la recherche… à laquelle se destinent à peine 1 % des jeunes qui y entrent.
    La France ne souffre pas d’avoir trop d’étudiants. Elle n’en a pas assez et se trouve en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE. Elle souffre d’une architecture globale entièrement à revoir entre ses différents pôles (Université, IUT, Grandes écoles, etc.). Elle ne souffre pas de l’absence de sélection : mais de trop de sélection organisée dans des premiers cycles totalement sous-dotés où des étudiants plus souvent issus des classes populaires qu’avant – et on ne peut que s’en réjouir – sont fréquemment laissés à eux-mêmes. Loin de remédier à ces maux, la Loi LRU va les amplifier, en organisant la course à la concurrence entre Universités dans, entre autres, la collecte des fonds privés.
    L’autonomie suppose de la délégation de pouvoir. La loi organise son exact opposé en concentrant dans les mains des seuls Présidents un pouvoir exorbitant notamment en matière de recrutement des enseignants. En guise de « responsabilité », la coterie et le clientélisme ont de beaux jours devant eux.
    Et le mouvement étudiant ? Il faut avoir le courage, comme enseignant mais aussi comme syndicaliste, de dire ce qu’on en pense. Il y a encore peu, les mouvements étudiants respectaient une règle simple : travail de sensibilisation, convocation d’assemblées générales, vote démocratique de la grève lorsque ces assemblées étaient suffisamment significatives et, dans tous les cas, pas de blocage, a fortiori prolongé. Pas de blocage, afin de prendre le temps de convaincre ceux qui ne le sont pas de la justesse du mouvement. Un joli travail de titan : passer dans chaque TD et chaque amphi, pour convaincre, avant que le cours ne commence, les étudiants de se mettre en grève. Si oui : demander gentiment, et au besoin plus fermement, à l’enseignant de ne pas faire cours. Si non : repasser tranquillement la fois suivante en pariant sur l’intelligence, la force des arguments. Un joli travail collectif qui permettait accessoirement – mais est-ce accessoire ? – à chacun de prendre en charge le mouvement (en prenant tout simplement la parole alors que dans les AG excellent plutôt les « leaders »).
    Les mouvements étudiants étaient de belles écoles de politisation, de citoyenneté. Ils sont devenus l’exact opposé. Le principe un homme / une voix n’est-il pas la plus belle invention que l’on puisse opposer à tous ceux qui aimeraient (en raison de leur capital financier ou culturel) valoir plus qu’un ? Que nenni répondent les bloqueurs qui, de crainte d’être mis en minorité, multiplient les « combines » (en se contentant parfois d’une AG… par semaine !). Avec le blocage, les étudiants ne discutent plus que d’une chose : du blocage ! Exit, et c’est bien le plus grave, tout débat sur le fond, le contenu de la réforme. Que l’administration en rajoute en fermant certains jours les campus, et ce qui devait advenir advient : la fac devient une fac fantôme. Où ne passent plus ceux qui habitent loin (à quand un joli travail de sociologues sur la sous-représentation flagrante des jeunes des classes populaires avec cette forme d’action). Où ne passent plus que les plus radicaux lancés dans la surenchère (le « traitre » étant aisément repérable : celui qui appelle au… déblocage) et quelques étudiants excédés qui, par défense du service public, en arrivent parfois, comble du paradoxe, à adhérer à… l’UNI !
    Triste mouvement où les arguments, l’enthousiasme et l’humour, cèdent la place à l’animosité, quand ce n’est pas à la violence pure. Le blocage, cette invention récente, n’a que trop duré. Et c’est d’abord aux syndicalistes de le dire. Pour sauver l’idée même de mouvement social, à vocation majoritaire, à l’Université. L’enjeu est de taille. La droite, pour mieux régner, n’aspire-t-elle pas à avoir pour seule opposition une ultra-gauche qui méprise le suffrage universel (démocratie « bourgeoise » hier, « formelle » aujourd’hui) et qui, si on y réfléchit bien, confond allègrement suffisance et radicalité (au sens étymologique : aller à la racine des choses et parier pour ce faire sur la raison) ?

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