On sait que Voltaire, mort en 1778, repose dans la crypte du Panthéon depuis 1791. Selon l’ouvrage de Philippe Barret (né en 1945, cet ancien élève de l’École normale supérieure, docteur en sciences politiques a été nommé Inspecteur général de l’Éducation nationale en 2010), Les écrivains français en leur tombeau, paru en 1997, son coeur se trouverait à la Bibliothèque nationale de France, sur le site de Richelieu, plus précisément dans son salon d’honneur.
“Le lendemain de la mort de Voltaire, quand on ouvre son corps, on en retire le coeur, mis dans un liquide propre à le conserver. Le marquis de Villette garde le tout dans son hôtel. Son acquisition par l’ami du défunt fut aussitôt contestée par la légataire universelle, Mme Denis, et par ses neveux. La protestation est rendue publique. Elle n’empêchera pas Villette de garder sa précieuse relique à Paris, puis dans son château, près de Pontoise. Le 16 décembre 1864, ses hériters chargent leur représentant, Léon Duval, de porter le coeur de Voltaire à la Bibliothèque impériale, dans un vaisseau de métal doré. Le dépôt est reçu par Victor Duruy, ministre de l’instruction publique. Il porte cette inscription : “Le coeur de Voltaire, mort à Paris le XXX may MDCCLXXVIII.“
Il se trouve encore aujourd’hui dans le salon d’honneur de la Bibliothèque nationale.“

Voltaire par Houdon, 1778
Le coeur de Voltaire giseraitdans le socle de la statue de Voltaire ( sculptée par Houdon) installée dans le Salon d’Honneur du site Richelieu (au milieu du couloir dit de “l’administration”, en face de l’entrée principale sise au 58). Du moins, jusqu’au début des travaux de la zone 1 du site Richelieu, actuellement en chantier, ce qui aurait nécessité son déménagement sur le palier du Département des Médailles. Mais pendant le transfert, des bruits, odeurs, ou liquides inquiétants particulièremnet nauséabonds émanant du socle, auraient alerté les badauds qui baguenaudaient et les services de sécurité, ce qui aurait conduit à ausculter le réceptacle renfermant le coeur, et le coeur lui-même. Il aurait alors été examiné et mis en surveillance par les services spécialisés de la BnF. Il y serait toujours à l’heure actuelle. Tout cela et les questionnements qui accompagnent ce genre de découverte ne manquent pas d’interpeller sur les conditions de conservation, de surveillance, et “d’ouverture” du réceptacle qui se sont succédés depuis le don à la BnF par la famille héritière du reliquaire. Des conditions parfois énigmatiques et controversées - y compris celles dues au Président en exercice à l’époque – qui viennent rajouter aux péripéties et débats ayant trait aux devenirs de la dépouille en tout ou partie de l’homme illustre, objet de nombreuses convoitises ou rejets au fil de l’histoire.
En procédant à quelques recherches (non porno !) sur Gallica, voilà sur quoi nous tombons :
“Voltaire à la Bibliothèque nationale de France“
par Annie Angremy
Conservateur général à la Bibliothéque nationale de France,
Responsable de la section française du département des Manuscrits”Extrait :
La Bibliothèque nationale de France abrite, depuis 1864, le coeur de Voltaire. Dans le salon d’honneur du site Richelieu, où la Bibliothèque royale s’était installée au XVIIIe siècle, les hôtes sont accueillis par le plâtre original du “Voltaire assis” de Houdon (1781). Sur le socle de la statue, on peut lire cette inscription: “Coeur de Voltaire donné par les héritiers du marquis de Villette“.
[...] Avant de revendre Ferney, dès 1785, le léger marquis de Villette avait fait mettre sur la porte de la chambre de Voltaire où se trouvait le “mausolée” du coeur de Voltaire, érigé par Racle, la phrase suivante : “Son esprit est partout et son coeur est ici“
Voici par ailleurs ce qu’écrivait récemment Isabelle Dussert-Carbone, directrice de la Conservation à la BnF, à ce sujet :
En juin 2010, sur le site Richelieu, lors du déménagement de la statue de Voltaire du Salon d’honneur vers le palier du Musée des Monnaies et Médailles, une odeur très forte a été repérée. Le laboratoire du département de la conservation (DSR/DSC) a été saisi d’une demande d’analyse qui a conduit, le 12 juillet 2010, en présence du Président et de la Directrice générale, à l’ouverture du socle de la statue de Voltaire et à l’extraction d’une boîte en bois. Celle-ci a été transportée au laboratoire ; son contenu a été examiné sous hotte à produits chimiques. Dans la boîte se trouvait un cœur en métal doré (percé de deux petits trous) portant l’inscription suivante : Cœur de Voltaire mort à Paris, le 30 mai MDCCLXXVIII. Sur ce cœur en métal reposait le procès verbal daté de 1864 et signé par MM Victor Duruy (Ministre de l’Instruction Publique) et Léon Duval (avocat des héritiers de M. de Villette) quand le cœur fut remis à la Bibliothèque Nationale.
La recherche sur le coeur de Voltaire est menée par Nathalie Buisson, ingénieure au laboratoire scientifique et technique de la BnF avec l’appui d’Amandine Pequignot, spécialiste de la conservation des tissus animaux au Muséum national d’histoire naturelle. Thi Phuong Nguyen, ingénieure du laboratoire de la BnF est chargée de certaines analyses. Une société spécialisée dans l’imagerie médicale en trois dimensions, le Centre de recherche et de restauration des musées de France et plusieurs médecins ont accepté de mettre à disposition leurs matériels et leurs compétences.
Un traitement par anoxie a été effectué afin de prévenir toute dégradation.Un coeur momifié en boîte (ici celui de Louis XIII, non celui de Voltaire)
Un protocole d’analyses a été validé :
- analyse des composés organiques volatiles
- analyses par spectrométrie à fluorescence X portable (MNHN) puis par microscope à balayage électronique (C2RMF)
- exploration par scanner médical, puis par fibroscopie en Centre hospitalier spécialisé
Un premier état de l’avancement des travaux a été présenté aux responsables conservation de la DCO en juin 2011. Des résultats plus complets seront publiés prochainement. Ils conduiront à la proposition d’un traitement de conservation qui sera validé par un comité scientifique.
En attendant, le coeur de Voltaire est en sécurité, en anoxie, au département de la conservation de la BnF.
Enigme passionnante que celle du devenir de la dépouille de Voltaire, qui après avoir déchaîné les passions de son vivant, continua à faire de même après son trépas, sa dépouille subissant les outrages vengeurs de ses détracteurs, bien malgré lui évidemment, et à …son corps défendant !
Aussi les restes de son coeur questionne les esprits à de multiples égards… Nul doute que toutes les précautions soient prises aux fins d’analyse et de conservation actuelles, tel que présenté dans l’exposé complet qui en est ainsi fait. Mais qu’en a-t-il été au cours de la longue histoire de cette précieuse relique, et depuis plus de cent ans à la BnF ?

Des techniques très pointues sont à l'ouvrage dans la reprise en main du coeur par les techniciens du C2RMF.
Car l’on apprend à travers les récits divers glanés de-ci, de-là, que le réceptacle aurait été “ouvert” à travers le temps, des orifices (mentionnés dans l’exposé) réalisés dans la “coquille” de métal, les deux moitiés elles mêmes “ressoudées” à son pourtour.
Un blog parle même d’une ouveture par des “on” et d’un mystérieux “L.T.” et de photos transmises, celées précieusement par le blogueur en personne. Et du coeur apparu lui-même entouré de “bandelettes roses”. Description ne correspondant pas vraiment à celle qui en est faite ci-dessous. Alors… Qu’est-il réellement advenu, est-il toujours à l’intérieur du réceptacle, est-ce toujours les restes calcifiés ou bien un morceau de barbaque postiche ?
Nous espérons bien évidemment que toutes ces interrogations soient sans fondement et simples vues de l’esprit et que les aléas du temps sont seuls responsables de ces apparentes incongruités… Mais le silence entourant les péripéties plus ou moins récentes, l’ire d’un ancien Président lorsqu’il apprit l’ouverture “incongrue” et à son insu du socle, la fin de non-recevoir des différents acteurs du monde du savoir et de l’hygiène à certaines époques, tout cela pourait laisser accroire à une certaine omerta et laisser ainsi cours à de multitudes suppositions…





